J’ai testé pour vous : faire du 44

J’aurais très bien pu appeler cet article  » La société, mon poids et moi », ou encore « J’ai pris quinze kilos en dix ans et je vais bien ». J’aurais pu attaqué aussi cet article en expliquant que mon parcours personnel n’était pas un exemple à suivre et qu’il ne concernait que moi.

Mais non, j’ai préféré afficher la taille de mon pantalon, celle-là même qui me saute au visage depuis maintenant quatre ans.

Avant toutes choses, mes propos ne sont pas là pour faire une apologie de quoi ce soit, d’un corps ou d’un autre, d’un régime ou d’un autre. Dans mes propos, d’ailleurs, il n’y a pas de régime, pas de sport à outrance, pas de plainte réelle. Je parle juste de mon rapport à mon corps et de la fameuse prise de poids.

Une prise de poids depuis le lycée.

J’ai toujours été grande. Je fais 1m70 et j’avais cette taille dès la 5ème. Sur les photos de classe, tu ne vois que moi. J’ai toujours été mince,  avec  de la poitrine et des cuisses bien fermes. Je montais à cheval tout le temps. Il y avait des filles beaucoup mieux proportionnées que moi, mieux habillées, maquillées, mais j’aimais profondément mon corps.

Puis je suis partie de chez ma mère. Je suis restée stable deux ans. Et j’ai grossi. J’ai pris d’un coup du poids. Sans trop de raison. Une hygiène de vie un peu limite, je dormais peu, je faisais beaucoup la fête, je déprimais beaucoup avec mon copain de l’époque. Je suis passée d’un 38 à un 44 en quelques mois. J’ai reperdu un peu de poids, je ne sais trop comment repassant à un 40.

Mais en 2010, malgré l’amour de Grumpf  et la déprime qui partait avec, mon concours m’a achevée et je suis arrivée et restée à ce maudit 44.

Des remarques peu sympathiques

Au début, quand tu prends du poids, tu n’es pas très à l’aise. Tu vois bien que ton petit jean’s fétiche ne te va plus, que ta veste est bien trop courte et que là, c’est bien ton ventre que l’on voit lorsque tu lèves les bras. Tu sens bien le petit regard désapprobateur quand tu manges au MacDo, ou quand tu rencontres une vieille connaissance qui te dit « Oh je t’avais pas reconnue!« . (Et tu as envie de lui dire « Connasse » mais tu es polie, car ta maman te l’a appris.)

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Tu entends bien les remarques de tes parents, ou de ta grand-mère, de certains amis proches qui te demandent si tu comptes consulter, si tu veux aller courir, si tu veux partager tel ou tel plat, parce que « un entier ça fait p’tet beaucoup ». Tu sens que les autres comptent pour toi ce que tu manges, ce que tu élimines par le sport.

Pendant un temps, j’ai pensé que c’étaient mes proches qui me complexaient le plus. Parce qu’au fond, je savais comment ils traitaient et pensaient la prise de poids. Que ce soit cette copine qui court et qui compte tout ce qu’elle avale  alors qu’elle est maigre comme un clou, que ce soit cette amie qui rêve de prendre du poids, que ce soit cette amie malade qui a beaucoup grossi, ou que ce soit cette mère qui mange et qui se vante de ne jamais grossir.

J’ai mis du temps à trouver ma place parmi ces proches. J’en ai oublié quelques uns, je me suis rapprochée d’autres. Je ne supportais plus les remarques faites sur  le physique par certaines, les remarques gratuites qui montraient qu’au fond, prendre du poids c’était ne pas se respecter et ne pas respecter les autres. C’était se laisser aller, c’était presque une insulte à la beauté en général.

Et je me suis rendue compte que l’ensemble des normes de la société renvoyaient cette image.

Magazines, publicités, vêtement : un même combat pour la minceur.

J’ai parfois l’impression  de faire un lieu commun en montrant que l’image de la femme parfaite (mince, les cheveux longs, avec un bonnet C, sachant parfaitement gérer sa vie de famille et pro) est tout à fait fausse et correspond vraiment à du marketing. J’ai l’impression d’enfoncer des portes ouvertes tellement cela me parait une évidence.

Et puis je regarde autour de moi. Ces jeunes adolescentes et ces femmes plus âgées que je vois chaque jour. Elles semblent ne pas avoir de points communs. Elles semblent tellement éloignées les unes des autres entre la Parisienne branchée et l’Ado du 93. Et si je regarde bien, je me rends compte qu’elles ont un souci commun : le besoin de faire attention, de maîtriser son poids. Combien de femmes j’ai vu malheureuses à en crever en découvrant qu’elles avaient pris dix kilos ? Combien de femmes je connais qui ont tentées un régime ? Combien de remarques j’ai entendu de la part d’hommes et de femmes sur la prise de poids d’un proche ? Combien de femmes se détestent après une grossesse et pensent qu’elles vont perdre du poids immédiatement ?

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Cette évidence m’a sauté aux yeux. Je me suis sentie obligée d’aimer mon corps, d’aimer mon corps pour montre ma résistance, pour montrer que j’en avais marre de cette mascarade, de ce besoin de courir après un poids que je n’aurais plus.

Cela fait maintenant deux ans que je ne lis plus certaines revues. Deux ans que je ne mets plus le nez dans mon magazine favori de l’époque : Elle. Deux ans que je ne lis plus les conseils morphos, certains blogs féminins et les Unes en gros sur les kiosques parisiens.

Deux ans aussi que je ne vais plus dans certaines boutiques qui ciblent parfaitement leur clientèle : un 44 qui fait un 42 et tu ressors de là en pleurant car tu ne peux plus t’habiller dans ta boutique favorite.

J’ai arrêté de pleurer dans les boutiques. J’ai arrêté de me plaindre lorsque un t-shirt L ne semble même plus me couvrir. C’est simple, aujourd’hui, quand je fais les magasins, je me censure, je n’essaye plus, je préfère oublier plutôt que d’essayer des fringues qui sont taillées beaucoup trop petites car elles visent une seule clientèle.

Je ne vais plus aussi dans les magasins qui font un effort et qui ont créée un rayon »46/48″ avec pour slogan « Nous on habille tout le monde jusqu’au 48 ».  J’ai cru d’ailleurs à une blague… Mettre un rayon à part ? Je me souviens parfaitement de cette vendeuse qui m’a répondu que si je cherchais les grandes tailles, elles étaient là, au fond, sur ce portant, un peu caché des autres. Tu vois alors un portant, seul, avec quelque fringues supers moches, qui n’ont rien à voir avec le reste de la collection des tailles « normales ».

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Ces petites humiliations de la consommation. Voilà comment j’appelle mes petites blessures faites par cette société qui m’explique tranquillement que je devrais perdre du poids. Mes petites humiliations quotidiennes.

J’ai arrêté de me peser, de mesurer mon tour de taille. J’ai arrêté de regarder ce que je mangeais. Et depuis deux ans, je n’ai pas pris un gramme, un tour de taille ou quoi que ce soit. Cela fait deux ans que je suis stable en ne faisait rien. Ce qui me prouve une chose : je crois que j’ai atteint le poids que je dois faire. Je perds selon mon cycle, selon mon activité. Je le vois sur mon manteau d’hiver, sur mon jean’s. Et je reviens toujours au même tour de taille et de fesses.

J’ai fini par l’accepter. C’était il y a un an, ou deux, c’était en préparant mon mariage et en comprenant que les robes, qu’on me passait, ne m’allaient pas et que je ne serais pas ce type de mariée. J’ai alors commencé un long travail sur moi pour accepter mes bras, mes hanches, mon ventre, mon 44, mes t-shirt L, voire XL, ma nouvelle poitrine et donc mon nouveau bonnet (E!!!) et j’ai surtout appris à me fringuer avec des marques qui me respectaient. J’ai continué à manger équilibré avec quelques excès. J’ai arrêté d’avoir peur de ce que mon médecin allait me dire : il me trouve en pleine forme, mes analyses  de sang sont bonnes.

Je ne suis pas en train de faire l’apologie de quoi que ce soit. Je suis simplement en train de raconter un bout de vie, ma vie, celle qui doit faire face aux normes de la société. Je respecte l’ensemble des femmes et leurs choix sur leurs corps.

Je m’appelle Madame Sourire, j’ai testé pour vous faire du 44 et depuis deux ans, je le vis super bien.

(Si tu veux lire un article super bien sur le déclic, tu peux lire Rita le Chat avec son article sur « Poids de forme et bienveillance » en cliquant => ici)