Le couple d’en face ne sera plus nous

On a vu les cartons devant la porte. Ils se sont embrassés. Nous, on buvait une bière en se demandant où on en était

Le couple d’en face, qu’on voit de notre salon, on le connaît. C’était nous il y a peu. C’était nous dans les dimanches matins, c’était nous quand on cherchait comment on allait s’aimer. Très vite et très fort. Parce que c’était ça notre amour.

On se souvient des premières fois. Des premiers regards, des premiers textos, des premières balades, des premiers baisers et des premières nuits. On aimerait un peu les effacer pour que ça fasse moins mal dans ce quotidien. Mais ils sont toujours là. On les découvre dans les coins du 19ème arrondissement, sur un quai de Seine et à Toulouse.

Il parait que nous étions invincibles. Que nous avions passé toutes les épreuves, qu’on faisait envie. Peut-être.

Le couple d’en face fait l’amour tout le temps. Ils ne fermaient pas leurs rideaux au début et puis, ils ont dû voir nos fous rires ou la gêne. Ils ont mis des rideaux. Le couple d’en face s’est embrassé sous la neige, a posé son nouveau parquet, joue aux dames, reçoit des ami.e.s, fait de la méditation. Il semble vivre une vie paisible. Une vie qu’on a connu.

Parfois, on aimerait bien être encore le couple d’en face. On le sait. Mais on sait aussi que ce n’est plus possible. Alors on les regarde.

Le couple d’en face ne sera plus nous, car nous avons décidé de nous séparer.

Dix ans, neuf mois et vingt jours. Presque onze ans.

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J’ai à la fois le cœur qui se serre quand j’y pense et en même temps, je me sens soulagée.

On ne pourra pas dire qu’on n’aura pas tout essayé, qu’on se sera séparés à la première contrariété. On a fait des efforts, on a tenté, on a eu des bons moments ces derniers mois.

Et puis.

Et puis, il faut prendre ses responsabilités, avant de se détester, avant de se faire encore plus de mal.

Parce qu’on a un enfant. Parce qu’on s’aime toujours un peu. Parce qu’on se respecte. Parce qu’on a de la tendresse l’un pou l’autre.

Alors on se sépare en plein pandémie. Parce qu’on aime bien les défis. Parce qu’on ne choisit pas le moment. Parce qu’on a besoin de cela pour repartir.

Nous ne serons plus le couple d’en face.

Mais on sera, un jour, avec quelqu’un.e d’autre. On sera à nouveau le couple d’en face, le couple dans la rue, celui qui nous donne envie, celui qui donne des étoiles dans les yeux et des papillons dans le ventre.

C’est vraiment ce que je nous souhaite à tous les deux.

Merci Grumpf pour ces belles années. <3