Journal d’une « influenceuse » féministe / 1

Cher Journal,

J’ai pris ma plus belle plume et j’ai pris ce cahier qui était là devant moi. J’ai ouvert et j’ai commencé à écrire. Je ne sais pas par quoi commencer.

Il y a cinq mois et demi j’ai ouvert un compte Instagram. Comme ça. Pour échanger avec les copines. Et puis je me suis retrouvée avec 60 000 abonnées. Comme ça. Pour rire.

Pour être tout à fait honnête avec toi, cela bouscule pas mal mon quotidien et mes principes. Je suis du genre engagée, dans des milieux aux codes très spécifiques et qui correspondent à ma manière de penser et de vivre. J’ai envie de te confier que Instagram est bien loin de ce milieu et que parfois je m’interroge sur le chemin que je prends.

Ce qui me frappe régulièrement, c’est la solitude dans laquelle je peux me trouver. C’est une solitude nouvelle. Un solitude qui fait peur. Une solitude où je suis la seule à décider de ce que je vais faire de mon compte et de tout ce qui va avec. Je suis seule à faire mon chemin, sans pouvoir échanger avec d’autres sur ce que je dois faire. Je suis simplement guidée par mes valeurs et mes « intuitions » qui sont tout simplement des construits.

En étant prof, en étant dans des collectifs/associations/syndicats, j’ai toujours été dans la masse. Dans une masse. Dans un groupe où je pouvais évoluer en confiance. Je pouvais me cacher les jours où j’avais des difficultés, les jours où je me sentais pas assez légitime.

La nouveauté avec ce compte, c’est que je suis la seule à bord, la seule responsable. C’est vertigineux. Grisant. Je palpe une envie de changer les choses, je sens que ça bouillonne. Et en même temps : j’ai peur.

Il parait qu’il faut garder une image lisse quand on a un compte Instagram avec beaucoup de vues. Moi j’essaye surtout d’être moi et que ça corresponde à mes valeurs.

Et puis je commence à m’interroger sur la question de l’argent. Je passe vraiment beaucoup de temps à travailler sur ce compte. Je m’interroge sur mon métier de prof’, avec les réformes qui arrivent et qui ne me font pas du tout envie. Je me demande où est ma place, si je ne devrais pas saisir des occasions. Je suis déjà en train de voir si je passe à 80%, si je tente d’écrire pour un journal, si je tente de faire de la formation, si je lance un collectif, si…

Qui dit argent, dit aussi professionnalisation, dit légitimité. Je passerai d’un statut militant à un statut pro, expert ou journaliste, autrice ou… ? Est-ce que je me sens prête à cela ? Est-ce que je sais vers où je vais ? Pour la première fois depuis l’ouverture de ce compte, les questions personnelles commencent à arriver. Autant je sais faire du militantisme, autant j’ai plus de difficultés à entrer dans la peau de l’indépendante.

J’ai un peu peur de me lancer sur un chemin que je ne connais pas.

Cela peut être une belle aventure. Mais à quel prix ?

A bientôt mon cher Journal, merci d’être toujours là pour recueillir mes pensées.

Coline


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