Je suis en deuil

Loin de moi l’envie de rentrer dans le pathos ou de « profiter » de l’occasion pour publier un article.

Cela peut te paraître fort de te dire que je suis en deuil alors que les familles, les proches de ces douze victimes de l’attentat contre le journal Charlie Hebdo vivent absolument l’horreur d’une telle situation.

Ca va te paraître fort de te dire que j’ai pleuré ce matin, plusieurs fois, et que j’ai relu quelques articles de Charlie.

Charlie et moi, on était fâché depuis quelques mois. Je n’avais pas forcément accepté les dessins trop misogynes que je voyais régulièrement dans les colonnes. Mais je suivais toujours d’un oeil ce que faisait Charlie.

Charlie, c’est un sujet que je connais bien. Je le connais bien parce que j’ai étudié son grand frère, Hara-kiri, paru en 1960. J’ai toujours été passionnée par les caricatures et par les journaux très engagés.

Charlie, c’est un sujet que je connais bien. J’ai assisté à de nombreuses conférences en présence des principaux intéressés lors de « l’affaire » des caricatures, il y a maintenant presque 8 ans. J’ai d’ailleurs encadré la Une de ce fameux numéro.

Charlie et moi, on était fâché, mais j’ai toujours eu un immense respect pour ses illustrateurs. Et pour ses journalistes. Cabu et Charb arrivaient encore à me faire rire. Arrivaient.

Je pensais ne pas avoir de mots pour décrire ce que je ressens. Je pense à ces douze personnes décédées.

Et je pense aux conséquences.

J’ai pu apercevoir quelques réactions assez terribles sur la toile. Des remarques qui montrent que parfois, les gens sont stupides et bêtes. Expliquer que Charlie l’a bien mérité, c’est juste gerbant.

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J’ai peur des autres réactions que je vais entendre, des questions de mes élèves, des remarques de haine qui vont sortir ici et là. Je n’ai pas envie de cela. Je n’ai pas envie d’entendre tout cela.

J’ai peur et en même temps, je me donne du courage pour la suite. Du courage, il va nous en falloir. Il va nous en falloir pour comprendre les motivations et les conséquences. Du courage pour affronter le torrent de merde que nous allons avoir après que la stupeur et l’horreur soient passées.

J’ai du courage et je suis prête.

Je suis prête à être vigilante sur les propos, à combattre les amalgames et à rester, comme toujours, une vraie Républicaine.

Demain, je vais retrouver mes élèves.

Je penserai un peu à toi, Charlie. A toi, à ton passé, à tes actions, aux policiers qui sont morts pour te protéger.

Tu aurais aimé sûrement que je te « remercie pour ce moment », cela t’aurait fait marrer. Mais aujourd’hui, je vais avoir du mal à rire.

Je te salue bien bas, Charlie.