J’ai testé pour vous : vivre avec un doctorant

Tu l’as sûrement compris : Grumpf et moi on est très amoureux. Mais genre, tellement amoureux qu’on s’est même marié.

Non je ne suis pas fan de mon mariage.

Si tu me suis bien, j’imagine que tu n’as que ça à faire de tes journées, tu as sûrement compris aussi que Grumpf avait un métier un peu bizarre : il est doctorant. Il est chercheur.

Et pour en rajouter encore une couche : il est chercheur en sociologie. Il aime cumuler les handicaps.

Mais qu’est-ce donc que ce métier super bizarre et quels sont les impacts sur notre vie quotidienne ? Un VRAI métier

Oui, Grumpf est payé pour chercher. Comme dirait un grand philosophe mon père, qui doit reprendre ça de Coluche : « Payé à chercher, mais à chercher quoi ?« .

That is a question.

A la fin de ces études dans une école où on enseigne les sciences politiques, il a refait un Master, parce qu’il s’est rendu compte que « La fac, c’est un peu la classe quand même ». (Oui, il y a encore des gens qui pensent cela de nos jours. Et en plus on est au moins deux : Grumpf et moi.)

Il a donc refait un Master 2 pour se diriger vers une spécialité de la sociologie : le travail. Et comme il a trouvé son sujet d’étude, que je ne peux pas te révéler, parce que « Tu comprends, moi j’ai besoin d’être anonyme et je suis le seul à travailler la-dessus, donc c’est trop facile de me reconnaître« , il a donc postulé pour une bourse sur trois ans.

Cette bourse n’est pas une bourse d’aide, genre une bourse CROUS de 450 euros et débrouille toi avec ça pour vivre. Non. Cette bourse est un vrai salaire. Avec 4 chiffres. Mais ce n’est pas non plus un nombre au delà de 2000 euros. Dans la recherche, on appelle ça une bourse, parce que les gens se battent pour l’avoir. Et Grumpf s’est plutôt bien battu.

Toutes les allocations de recherches sont très difficiles à avoir et Grumpf a eu beaucoup beaucoup de chance (bon, il a beaucoup beaucoup travailler aussi…) Beaucoup de doctorant n’ont pas de bourse pour faire leurs thèses et c’est souvent très difficile pour vivre : ils doivent cumuler plein de petits jobs ou donner des cours à la fac, et c’est souvent leur thèse qui en pâtit. Ce qui est extrêmement dommage car on a besoin de tous les chercheurs, dans toutes les matières, pour renouveler notre pensée et faire de l’innovation dans notre pays.

Grumpf a donc un salaire pour trois ans et nous sommes donc heureux sur ce point. (On a déposé un cierge à Saint Bourdieu quand on a appris cela ! )

Des VRAIES journées de travail

Mais que fait-il de ces journées maintenant qu’il est payé pour chercher ?

Et bien il cherche.

Grumpf se lève tous les matins en même temps que moi et revient aussi tard que moi. Et il ne reste pas dans notre voiture pendant douze heures.

Ces journées peuvent être très différentes :

  • il peut rester toute une journée en bibliothèque pour se nourrir intellectuellement et essayer de faire des parallèles avec ce qui a déjà été fait en sociologie
  • il est sur le terrain, où il rencontre les travailleurs et essaye de comprendre les pressions qu’ils ont et comment ils travaillent au quotidien.
  • il peut faire des entretiens chez les travailleurs ou chez les chefs d’entreprises pour parler des conditions de travail.
  • il peut passer sa journée devant son bureau pour retranscrire ses entretiens, raconter ce qu’il a vu sur le terrain et écrire des parties de sa thèse.

Comme tu peux le voir, ses journées sont très occupées et il peut parfois aussi travailler le dimanche, vu que son terrain ne s’arrête pas le week-end. Il va aussi participer à des moments exceptionnels : des congrès, des réunions syndicales, des repas entre travailleurs, où il m’a emmenée une fois.

Il est passionné par son terrain, par les gens qu’il rencontre et c’est un régal à voir au quotidien.

Un métier de doutes

Mais si cette ferveur l’habite au quotidien, c’est surtout un métier de doutes.

Comme chaque métier où on est en contact avec la souffrance d’un public, Grumpf se remet beaucoup en question. Il remet en question ce qu’il voit, ce qu’il entend. C’est un processus normal dans la recherche de terrain.

Il y a aussi les coups durs, parce que l’Université est un monde concurrentiel. C’est chacun pour soi. Ce n’est pas forcément facile tous les jours et il faut savoir où sont ses amis, ses ennemis, sur qui on peut compter professionnellement. Grumpf a un bon directeur de thèse qui veille sur lui. C’est aussi une chance incroyable.

Ma place à moi

Vivre avec un doctorant, c’est assez déstabilisant mais aussi très excitant.

J’attends toujours de savoir comment son enquête va se passer, ce qu’il va faire après et sa vision des travailleurs qu’il enquête. J’adore l’entendre en parler et relire ses travaux.

Ensuite, il y a des côtés moins… Satisfaisants.

Son contrat dure trois ans, mais sa thèse va sûrement faire cinq années. Il y a donc deux années où il va devoir travailler à côté, et donc sa thèse va ralentir… Quels sont les choix qui s’offrent à nous ?

Nos projets ne sont pas compromis mais ils doivent s’adapter. On ne va pas se lancer pour acheter, ou pour tout autre chose, alors que l’on sait qu’il y a deux périodes compliqués : l’après- contrat et l’après-thèse.

Que voudra-t-il faire ? Quelles opportunités il aura ? Devrons nous rester à Paris ? Partir dans une université en région ? Voudra-t-il continuer une carrière à l’Université ? Pourra-t-il le faire ?

Nous avons encore tant de choses à vivre et tellement de possibilités.

C’est tellement grisant de se dire que rien n’est joué et que rien n’est décidé.

Mais j’ai hâte de savoir la suite de l’histoire…

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