Dyspraxie visuo-spatiale, un trouble méconnu qui impacte la vie

La dyspraxie est un trouble du développement qui affecte la planification et la coordination des mouvements. Parmi les différents types de dyspraxie, la dyspraxie visuo-spatiale est spécifiquement liée à des difficultés de perception et d’organisation de l’espace. Ce trouble neurodéveloppemental touche environ 5% des enfants, avec des conséquences significatives sur leur vie quotidienne, leurs apprentissages et leur autonomie. Pourtant, il reste encore mal connu du grand public et même de certains professionnels. Comprendre les manifestations de la dyspraxie visuo-spatiale, savoir la repérer et mettre en place un accompagnement adapté est essentiel pour aider les enfants concernés à progresser et s’épanouir. Cet article vise à mieux faire connaître ce trouble et à donner des pistes pour soutenir au mieux les enfants dyspraxiques visuo-spatiaux.

Quand l’espace et la coordination jouent des tours : les signes de la dyspraxie visuo-spatiale

  • Des difficultés de coordination œil-main qui perturbent les gestes du quotidien
    Les enfants avec une dyspraxie visuo-spatiale peinent souvent à coordonner ce qu’ils voient avec les mouvements de leur corps. Attraper une balle, utiliser des couverts, s’habiller seul sont autant de tâches du quotidien qui peuvent leur poser problème. Leurs gestes manquent de précision, paraissent maladroits et leur demandent beaucoup d’efforts.
  • Quand s’orienter dans l’espace devient un casse-tête
    Se repérer et naviguer dans l’espace est un vrai défi pour ces enfants. Différencier la droite et la gauche, suivre un itinéraire, percevoir les distances et les positions relatives des objets sont des notions qui leur échappent souvent. Ils peuvent facilement se perdre, même dans des environnements familiers.
  • L’impact sur les apprentissages scolaires : écriture, lecture, géométrie…
    À l’école, la dyspraxie visuo-spatiale impacte particulièrement l’écriture, avec une calligraphie irrégulière, des lettres mal formées et des lignes qui se chevauchent. La lecture peut aussi être laborieuse, avec des sauts de lignes et une lenteur pour déchiffrer. En géométrie et en dessin, leur maîtrise des relations spatiales défaillante les pénalise.
  • Une maladresse qui cache en réalité un trouble spécifique
    Souvent perçus comme de « simples maladroits », voire paresseux, les enfants dyspraxiques visuo-spatiaux sont en réalité entravés par un trouble d’origine neurologique qui nécessite un dépistage et une prise en charge spécifique. Leurs difficultés ne sont pas liées à un manque d’efforts ou d’entraînement !

Parcours du combattant ou comment obtenir le bon diagnostic

  • Les signes d’alerte qui doivent pousser à consulter
    Plusieurs indices doivent alerter et amener à approfondir : une grande maladresse, des difficultés persistantes pour les gestes du quotidien, une lenteur et un manque de précision dans les tâches visuo-motrices, des soucis d’orientation dans l’espace… Si ces signes perdurent malgré un entraînement, il est important de consulter.
  • Le rôle clé du bilan neuropsychologique pour poser le diagnostic
    Pour diagnostiquer une dyspraxie visuo-spatiale, le bilan neuropsychologique est l’examen de référence. Via des tests standardisés, il évalue de façon fine et objective les capacités visuo-spatiales, de planification motrice, de coordination, en les comparant aux enfants du même âge. Ce bilan est réalisé par un neuropsychologue.
  • Dyspraxie visuo-spatiale : et si d’autres troubles étaient aussi présents ?
    La dyspraxie visuo-spatiale est fréquemment associée à d’autres troubles dys-, comme une dyslexie ou une dysgraphie. Certains enfants présentent aussi un TDA/H, un trouble du spectre de l’autisme ou un haut potentiel. Un bilan complet permettra d’identifier les co-morbidités éventuelles.
  • Enfin un diagnostic, et après ? Comprendre et accepter le trouble
    Obtenir un diagnostic est une première étape essentielle, mais qui chamboule les repères. Il est important d’expliquer à l’enfant, avec des mots adaptés, les particularités de son fonctionnement. Un accompagnement psychologique est souvent nécessaire, pour l’enfant et sa famille, afin de comprendre et accepter le trouble.
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Aménager l’environnement, la clé pour compenser le trouble

  • Repenser l’espace pour faciliter l’orientation et les déplacements
    Pour un enfant dyspraxique visuo-spatial, évoluer dans un espace encombré et mal organisé est source de stress et de fatigue. Il est essentiel de repenser son environnement pour lui permettre de se repérer et se déplacer plus facilement. À la maison, on veillera à créer des espaces dégagés, à utiliser des repères visuels (couleurs, images) pour coder les lieux et les rangements. Mettre en place des routines spatiales l’aidera aussi à mémoriser les itinéraires.
  • Des adaptations simples mais efficaces pour les tâches du quotidien
    Au quotidien, quelques astuces peuvent faire toute la différence. Pour l’habillage, privilégiez des vêtements faciles à enfiler, avec des systèmes d’attache simplifiés (velcros, élastiques). En cuisine, des couverts à gros manches ou antidérapants faciliteront la préhension. Utiliser une table inclinée, un sous-main antidérapant aidera pour les activités graphiques. L’ergothérapeute vous guidera vers les adaptations les plus pertinentes.
  • Quand la technologie devient une alliée précieuse
    Les outils numériques sont de formidables alliés pour compenser certaines difficultés liées à la dyspraxie visuo-spatiale. Utiliser l’ordinateur, avec un clavier adapté et un logiciel de reconnaissance vocale, peut soulager l’écriture. Des applications comme Dragon Dictation©, Géonimo© ou Dys You© proposent des aides précieuses pour la vie quotidienne (aide à la navigation, script de construction…). La technologie ouvre le champ des possibles !
  • L’importance de l’ergothérapie pour apprendre les bons gestes
    L’ergothérapeute est un allié précieux pour apprendre à réaliser les gestes du quotidien de façon adaptée. En séances individuelles ou en petit groupe, il proposera des mises en situation et un entraînement ciblé pour automatiser les bons gestes et postures. Son accompagnement portera sur les activités qui posent le plus problème à l’enfant (graphisme, utilisation d’outils, déplacements…), avec l’objectif de développer son autonomie.
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Soutenir l’enfant dyspraxique visuo-spatial à l’école

  • Informer l’équipe éducative pour une meilleure compréhension
    Pour bien accompagner un élève dyspraxique, les enseignants doivent d’abord être informés des spécificités de son trouble et de son fonctionnement. Organiser une réunion en début d’année avec les parents et les professionnels qui suivent l’enfant permet une meilleure compréhension. Des formations existent aussi pour sensibiliser les équipes aux troubles dys. Un enseignant bien informé sera plus à même d’adapter sa pédagogie.
  • Mettre en place les aménagements nécessaires en classe
    Quelques aménagements simples dans la classe faciliteront grandement les apprentissages : placement proche du tableau, utilisation d’un plan incliné, d’un ordinateur avec clavier adapté, temps supplémentaire… Un Programme Personnalisé de Réussite Éducative (PPRE) ou un Plan d’Accompagnement Personnalisé (PAP) formalisera ces adaptations. L’aménagement des examens (tiers-temps, utilisation de l’ordinateur…) est aussi possible.
  • Adapter les supports et les méthodes pédagogiques
    Au-delà des aménagements matériels, c’est tout le style pédagogique qui doit être repensé. Fournir les cours imprimés évitera la prise de notes laborieuse. Donner les consignes à l’oral, étape par étape, en les reformulant et en montrant un exemple facilitera leur compréhension. Structurer les apprentissages en proposant un découpage séquencé des tâches aidera l’élève à percevoir le fil conducteur et à organiser son travail.
  • Cultiver l’estime de soi et mettre en avant les talents
    La dyspraxie visuo-spatiale impacte significativement la vie scolaire. Source d’échecs répétés, elle fragilise souvent l’estime de soi. Pour préserver le désir d’apprendre de ces élèves, valoriser leurs réussites et leurs progrès est primordial. Il faut leur donner l’occasion de montrer leurs talents, dans les matières où ils excellent (souvent à l’oral, en histoire, en sciences…). Participer à un projet artistique ou sportif adapté les aidera aussi à reprendre confiance en eux.
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Bien s’entourer pour avancer : les professionnels au service de l’enfant dyspraxique

  • Orthophoniste, ergothérapeute, psychomotricien : à chacun son rôle
    Plusieurs professionnels peuvent intervenir pour aider un enfant dyspraxique visuo-spatial, dans une approche complémentaire. L’orthophoniste travaillera le langage oral et écrit. L’ergothérapeute l’aidera à développer son autonomie dans les gestes du quotidien. Le psychomotricien se focalisera sur la motricité globale, l’intégration du schéma corporel et des repères spatiaux. Un suivi psychologique est aussi souvent nécessaire.
  • L’importance d’une prise en charge coordonnée et pluridisciplinaire
    Pour une prise en charge efficace, il est essentiel que les différents intervenants communiquent régulièrement entre eux et avec la famille. Définir des objectifs communs, croiser les regards, ajuster les méthodes dans une approche concertée optimise l’accompagnement. Des réunions de synthèse régulières permettent cette coordination. Certains centres de référence proposent des suivis pluridisciplinaires coordonnés.
  • Des associations pour être soutenu et partager son expérience
    Rejoindre une association de familles est aussi une aide précieuse. Apedys, DMF, DFD85… Ces associations à rayonnement national ou local font un travail formidable d’information, avec des conférences, des groupes d’échanges. Elles proposent aussi des ateliers pour les enfants et des temps festifs. Partager son expérience avec d’autres familles, se sentir compris permet de rompre l’isolement.

Conclusion : Avec un accompagnement adapté, la dyspraxie n’empêche pas de réussir

En résumé, pour aider au mieux un enfant dyspraxique visuo-spatial, les maîtres-mots sont : comprendre, adapter, valoriser. Comprendre son fonctionnement spécifique permet d’ajuster l’environnement, les apprentissages et d’adapter sa pédagogie, avec l’aide de professionnels. Le valoriser, croire en son potentiel, est un moteur puissant. Bien entouré, un jeune dyspraxique pourra faire de belles études et s’épanouir dans sa vie d’adulte. Les parcours de Daniel Radcliffe, l’interprète d’Harry Potter, de Cara Delevingne ou de Florence Welch, chanteuse du groupe Florence and the Machine, dyspraxiques célèbres, en sont de formidables exemples. Chacun à leur manière, ils ont su transformer leur différence en force. Alors oui, la route est parfois sinueuse, mais avec du soutien et des adaptations, un enfant dyspraxique peut déployer ses talents et réussir sa vie !