Personnage public

On a compris qu’il se passait un truc avec mes potes, lorsqu’au milieu de cette boîte, près de République, à 4 heures du matin, on m’a reconnue et on m’a appelée par mon pseudo. J’étais vraiment avinée, je prenais l’air après avoir dansé une bonne heure et vraiment… J’étais hyper loin du compte à ce moment-là.

J’ai pris ça avec le sourire et je suis passée à autre chose. J’étais dans un lieu où on trouvait une population militante et c’était donc normal. Même si je ne montre pas souvent ma tête.

On était en avril 2019.

Puis c’est arrivé de nouveau en juin 2019, lors d’une soirée. Un de mes potes me dit « mais maintenant que t’es un personnage public…« . C’était bizarre dans sa voix. C’était entre l’admiration, le foutage de gueule et… La résignation.

Sur le moment, j’ai dit à Jean Michel, mon pote, d’arrêter ses conneries. Je n’avais qu’un compte Instagram, je n’avais pas joué dans le dernier James Bond et franchement, j’étais loin d’avoir trouver le remède contre le cancer.

Cette expression, elle est revenue plusieurs fois durant mon été. Elle revient de plus en plus dans mes interactions avec les autres. Et je n’arrive pas à la comprendre. Je n’arrive pas à comprendre ce que cela m’empêche de faire ou de vivre.

Là où ça a commencé à me faire un peu plus flipper, c’est quand on a commencé à me reconnaître dans la rue et que certaines sont venues me voir en étant.. intimidées. Je vais me souvenir longtemps de ces jeunes filles à Lille, dans ce salon de thé, qui ne savaient pas comment me parler…

Depuis le début de l’aventure, j’ai peur de cela. J’ai peur que cela change ma manière d’être en société. J’ai peur de devoir changer mon comportement, j’ai peur de modérer mes paroles, j’ai peur de ce qui pourrait arriver. Je suis morte de trouille de sortir d’un anonymat qui me permet de vivre comme bon me semble, avec qui je veux et comme je le veux. Et je trouve cela précieux.

Il y a une chose que je déteste plus que tout : c’est d’arriver dans un endroit où les gens savent ce que je fais, qui je suis, ce que je pense, alors qu’on ne se connaît absolument pas.

Paradoxe ? Sûrement.

J’écris depuis six ans sur différents blogs, j’ai un compte public sur internet et pourtant je ne supporte pas qu’on raconte ma vie à des pur.e.s inconnu.e.s, alors que je passe mon temps à le faire.

J’estime que si j’ai envie de parler de mes passages à vide, si j’ai envie de parler de ma psy, si j’ai envie de parler de mes peines de cœur, je le fais en toute conscience et à des gens de confiance. Je me vois mal confier des problématiques à des gens qui m’abordent en me disant « Hey, j’ai lu ton blog hier soir, tu veux qu’on parle de ton viol ?« …

J’ai aussi beaucoup de mal entre cette distinction entre public et privé que l’on peut faire. Comme le compte va, c’est que forcément je vais bien et que je n’ai pas le temps. Les épreuves de la vie semblent alors beaucoup plus faciles vu que je continue le compte.

Mais aujourd’hui, TPA, même si je n’en vis pas, c’est ma petite entreprise, mon association, mon combat, mon quotidien. Si TPA ne tourne pas, je peux dire adieu à plus d’un an de travail. Et ça, je ne suis pas prête. Je ne suis pas prête à tout faire planter en perdant de la visibilité avec l’algorithme…

C’est peut-être cela qui est difficile pour moi. C’est cette frontière que je tente en permanence de distinguer, pour me permettre de préserver ma santé mentale. La frontière est vraiment poreuse et je ne peux pas tout contrôler. Mais j’aimerais vraiment que certaines choses restent privées, aussi longtemps que possible.

Je veux encore arriver en soirée sans être la féministe de service. Je veux encore qu’on ne se précipite pas sur son portable pour vérifier mon compte, ou qu’on m’attaque directement par cet angle là. Je veux aussi éviter les soirées où Jean Michel JeSaisTout vient me voir pour me parler de sa théorie fumeuse… Ou qu’on essaye coûte que coûte de me prouver que dans son couple « ah bah nous, non, c’est l’égalité ! « . Je ne suis pas inspectrice des couples ou de la déconstruction finie.

Mes ami.e.s les plus fidèles sont ceux et celles qui ne me définissent pas par TPA. J’ai même un très bon ami qui ne cesse de me répéter : « si tu veux que je sache un truc, qui se passe pour toi sur Internet, envoie le moi. Je ne regarde pas. » Et ça, bordel, c’est précieux.

Ce qui est sûr, c’est que je vais apprendre. Apprendre à me méfier de ceux et de celles qui ne me voient que par le compte, apprendre à repérer qui sont ceux et celles attiré.e.s ou médusé.e.s par ce que j’ai fait, apprendre à gérer le premiers contacts quand les gens savent déjà, apprendre à gérer mes émotions, savoir me laisser des moments où je peux souffler, seule, sans personne, sans sollicitation.

C’est comme tout, cela s’apprend.

Et je suis prête.

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