Nos vécus sont politiques, mais doivent-ils être publics ?

Reprendre l’écriture. Simplement. Alors que le cerveau est en ébullition ou en pause. Je me sens bien, sans réussir à réfléchir. J’ai l’impression de devoir produire du contenu, de devoir réfléchir, de devoir dire et faire les choses.

Mais je n’y arrive pas.

Quand je commence un tâche, j’en ai d’autres qui viennent en même temps. Par exemple, là, je pense que je pourrais peut-être lire le livre que j’ai commencé ou appeler l’autrice que je dois contacter aujourd’hui. Sauf que je me suis dit il y a cinq minutes que je m’accordais une heure sur mon blog pour savoir si je savais encore un peu écrire.

J’ai trois brouillons d’articles, qui avancent difficilement, prise entre « est-ce que je suis légitime ? » et « est-ce que ce n’est pas trop en dire ? »

Parce que oui, depuis quelques temps, une question me traverse : si mon vécu est politique, est-ce que tout doit être analysé et décortiqué devant le plus grand nombre ?

Quelle est la part du privé et du public ? Nos témoignages sont-ils un frein à l’organisation collective ?

J’avais dans mes brouillons un article qui se nommait « est-ce que nous arrivons à la fin du témoignage ? » après avoir soupé pendant deux ans de milliers de témoignages sur TPA. Je dois vous avouer que je ne sais pas. Je suis prise entre l’envie qu’on parle de plus en plus d’organisation collective et moins de nos vécus, mais en même temps, sans la force du partage, nous n’avons pas de moteur, nous n’avons pas de liens.

Je me sens dans une société du spectacle avec les réseaux sociaux.

J’adore à la fois lire ce qui se passe chez mes camarades militants, j’aime leur donner des conseils quand elles et ils en ont besoin. J’aime aussi raconter quand je ne vais pas bien, quand j’ai besoin d’une pause, quand je sature des décisions de l’Education nationale et de mon travail. J’aime raconter les belles phrases de mon fils, les moments de bonheur, mais où s’arrête le privé ? Quand commence le public ?

Par exemple, j’ai annoncé ma séparation avec G., ici sur ce blog et sur Instagram. Car cela change directement mon quotidien et donc ma façon de prendre part à des organisations collectives. Mais parfois, je m’interroge sur la pertinence de cette annonce.

Certain.e.s en ont conclu que la mauvaise répartition du travail domestique avait emporté notre couple. D’autres ont jeté un voile pudique sur cette annonce, pensant au fond d’eux que c’était forcément moi la méchante. Est-ce que j’allais publiquement énoncer les raisons de ma séparation avec G pour montrer que aucune de ces deux conclusion n’étaient la bonne ? Est-ce que j’aurais dû encore plus m’exposer pour sauver la face ? Je ne crois pas.

Quand je commence à réfléchir à tout cela, deux interrogations me viennent rapidement

  1. Est-ce que exposer son vécu permet avant tout de jouer son plus beau rôle dans la comédie sociale des réseaux sociaux ?
  2. Est-ce c’est pertinent pour se sentir légitime ?

Maintenant que mes parents sont au courant et que la plupart de mes ami.e.s aussi, est-ce que savoir que je suis bisexuelle, que je vis deux relations en même temps, me rend plus légitime dans mon militantisme ?

Quand je prends la parole sur la lesbophobie de l’espace public, sûrement. Mais quand je parle de chiffres, de travaux de sociologie et d’histoire sur le travail domestique, alors que je bosse depuis un certain temps sur le sujet, pas du tout.
Et en même temps, n’est-ce pas une expression de mes privilèges de ne pas avoir besoin de mettre en avant mon vécu pour être reconnue comme une experte ?
Quand nos vies sont dans les normes dominantes (hétéros, enfants, proprios, blancs, valides), n’est-ce pas un peu facile de dire qu’on n’a pas à mettre en avant son vécu pour avoir un domaine de compétences ? ….

Je peux avouer que la question me fascine et me paralyse à la fois. J’aimerais trouver de la légèreté pour parler simplement des réflexions qui me traversent au quotidien. Sur la séparation apaisée que je vis avec G., sur les conclusions que j’en tire, sur le coming-out à plus de trente ans, sur la gestion d’un enfant quand on se sépare, sur les réactions autour de moi quand j’annonce vivre deux relations, sur les clichés autour de la bisexualité et le polyamour, sur ce que je pense du polyamour.

Chaque semaine, je me dis que ça mérite bien une note de blog. Et puis je me ravise en me demandant à qui cela va servir le plus : à nos luttes ou à mon image ?

Si tout est politique, que nos choix sont politiques, doit-on forcément faire de nos vécus une vitrine de notre engagement ?

Je n’ai pas la réponse.
Mais je continue à travailler ce questionnement.

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