La lettre que je voudrais que tu lises pour la fête des mères.

« Cher Jean Michel,

Jean-Michel, c’est le nom que j’ai donné à tous les hommes qui ont du mal à comprendre ce qui se passe dans ma vie. On est tous des Jean-Michel. On sait que Jean-Michel existe. Mais souvent cela fait mal de savoir que Jean-Michel dort avec son lit et mange à sa table.

Et parfois, avec Jean Michel, on a eu des enfants.

Cher Jean Michel avec qui j’ai eu des enfants,

je voudrais qu’on parle de la fameuse fête des mères qui a lieu à la fin du mois de mai. C’est le 26 mai 2019. Note la date s’il te plaît. C’est TOUJOURS le dernier dimanche de mai si tu veux retenir toute ta vie.

En général, l’école commence à parler de cette fête au mois de mai. Moi j’aurais préféré qu’on fasse une journée de la parentalité, pour éviter de retourner le couteau dans la plaie de ceux et celles qui ont perdu une mère, un père… Mais bon, que veux-tu , notre société est tellement obsédée par la maternité qu’elle en a fait une journée.

En général, Jean Michel, t’as la pression. Tu ne sais pas trop quoi faire comme cadeau. T’hésites entre un massage, un sac ou un bijou. Ou alors une journée où je ne fais rien. Tu te dis que ça me ferait du bien.

T’as raison, ça me ferait du bien de ne rien faire. Et j’avoue que je ne suis jamais contre une petite intention. Mais soyons honnête : je préférerais qu’on ait une bonne conversation.

Tu le vois, tu le sens, ça fait plusieurs semaines, voire mois qu’on essaye de communiquer sur la manière dont on peut gérer ce foyer. Tu évites soigneusement la conversation ou tu minimises carrément la situation où je suis. Je suis désolée de te rappeler qu’il n’y a aucun lutin qui remplit le frigo, qui prépare nos vacances, qui planifie les activités des enfants, les heures pour faire le ménage et les courses, qui prépare les repas, qui vérifie l’hygiène général de nos enfants (repas, vaccins, vêtements). Aucun lutin ne ramasse tes chaussettes ou tes caleçons.

Et oui, je suis chiante à dire cela mais c’est la réalité.

Bien-sûr que parfois tu passes l’aspirateur, que tu descends les poubelles et que tu cuisines. Tu t’occupes aussi des enfants : tu joues avec eux et tu les couches.

Mais il y a tout le reste. Tout ce qu’il y a dans ma tête, tout ce qui me rend nerveuse, tout ce qui me met à bout de nerfs. Je me sens responsable de toute la famille, je me sens responsable de votre bien-être et c’est trop.

Je vous aime, je t’aime, mais je ne veux pas montrer mon amour de cette manière. Je veux t’aimer et partager des moments avec toute la famille, sans me sentir responsable des émotions de tout le monde. Je voudrais moi aussi jouer à faire des cabanes, sans me dire que je dois faire un drive. Je voudrais moi aussi prendre mon temps pour manger le midi ou le soir, sans me dire que ça ne va pas rentrer dans ma journée. Je voudrais moi aussi me vautrer dans le canapé quand les enfants sont couchés, sans me dire que je suis obligée de préparer la journée du lendemain.

J’ai besoin de toi pour arrêter de culpabiliser. J’ai besoin qu’on se parle et qu’on se dise franchement les choses.

J’ai besoin que tu assumes la gestion de notre maison et de nos enfants et que tu assumes tes propres tâches. Par exemple, que je ne sois plus responsable de tes affaires, de ton linge ou de ton administratif.

J’ai besoin que tu prennes un partie de cette charge du foyer : anticiper les vacances des petits, anticiper le planning sur une semaine, te demander tout simplement où sont nos enfants. Me dire « je m’en charge » et le penser et le faire.

Par exemple, on arrive aux vacances d’été, tu as pensé où on mettrait les petits ? Comment on fait ? Tu as demandé à tes parents ?

Je ne te demande pas de tout faire, mais de t’en rendre compte que la maison tourne parce que je le veux bien et que surtout je me sens obligée de le faire. Apprenons ensemble à penser à ce foyer, qu’on soit tous les deux acteurs.

Bien-sûr, tu vas encore me dire que toi, tu travailles plus que moi et que tu as plus de responsabilités que moi. Mais à ton avis, pourquoi je n’ai pas autant de responsabilités ? Parce que je dois partir plus tôt du travail, parce que j’ai dû aussi choisir entre carrière et enfant, on ne s’est pas trop posé la question. On a fait. Mais mes choix personnels sont aussi des choix qui viennent de notre situation de couple. Est-ce que c’est ton cas à toi ?

Aujourd’hui, je veux du temps pour moi. Pour lire, pour écrire, pour peindre, pour militer, pour voir les copines, pour… Pour en faire ce que je veux. Sans rendre de compte.

Le temps est devenu mon luxe.

Alors oui, tu cherches quoi m’offrir pour la fête des mères. Je te donne une piste : je souhaite avoir une bonne discussion pour qu’on répartisse la gestion de ce foyer, où tu habites aussi. Je souhaite que tu ne t’énerves pas et que tu ne penses pas que c’est juste une accusation. On a le droit de s’être trompés à deux. On s’est trompés, mais on est en train de souffrir. Je suis en train de souffrir, donc on doit vite trouver une solution. Cela mettra du temps, il faudra sûrement plusieurs conversations, plusieurs ajustements mais on peut y arriver. Parce qu’au fond on s’aime encore.

Mettons en place des réunions le dimanche soir où nos enfants participent pour savoir qui doit faire quoi, faisons nous confiance.

Je souhaite te faire confiance, alors ayons cette discussion. Pour de vrai.

Merci quand même pour le cadeau. Je pense l’apprécier à sa juste valeur le jour où j’aurais enfin un peu de temps pour moi.

Bien à toi mon Jean Michel »

Cette lettre a été écrite suite à tous les messages que je reçois sur le compte Instagram. Elle n’est pas destinée à mon Jean Michel qui a bien changé ces derniers mois.


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