Tout est politique. Surtout la maternité.

Il y a peu, j’ai eu une conversation intéressante avec mes collègues masculins.

On parlait sexualité, avec de gros rires gras, tout en buvant notre café. On échangeait sur cette question étrange « peut-on parler de sexualité de gauche et de droite? Si oui, qu’en est-il des extrêmes ? ». J’expliquais que de mon point de vue, tout était politique et particulièrement la sexualité. J’avançais mon point de vue en m’appuyant sur un constat : tout le monde peut choisir d’avoir une sexualité ou non, même si tu n’as pas un rond. Et cette sexualité est la représentation de ton monde social.

Bref, là n’est pas le propos aujourd’hui, mais j’ai été extrêmement surprise que mes collègues fortement politisés me répondent : « ah bah non ! Pas la branlette Madame Sourire ! Tu ne peux pas dire ça ! »

J’ai alors répondu : « Cela se voit que tu n’es pas dominé au quotidien dans cette société, parce que … gnagnagnagna« . Je vous laisse deviner la suite qui a pris environ une ou deux minutes de plus aux malheureux professeurs autour de nous.

Après coup, je me suis dit que j’étais encore allée un peu loin et que j’allais définitivement faire peur à ce collègue. Mais non.

Je suis dominée dans cette société.

Et encore plus depuis que je suis mère.

Je savais que j’allais découvrir l’autre facette. Je savais que j’allais enfin connaître les « c’est normal, t’es la mère« . Je savais que mon éducation allait forcément resurgir à ce moment-là, mêlant le don de soi, enfin le don en tant que femme, et l’organisation de la maison. Cela m’a pété à la gueule au court du mois de juin. Loin de moi l’idée d’incriminer mon Amoureux. Il est en pleine introspection « j’écris ma thèse » et il fait bien comme il peut.

Mais je me suis retrouvée en plein milieu du mois de juin à me demander ce que je foutais là entre les cours, les petits pots, les tétées et les courses. Je me suis regardée dans le miroir un matin et j’ai eu l’impression d’avoir pris tout en main sans vouloir rien lâcher, tout en me plaignant de tout avoir à faire.

Une fausse « schizophrénie »

Un vrai syndrome de Stockholm dans la maison du patriarcat.

Oui, je veux tout gérer, mais non, je ne veux rien gérer.

Oui, je veux que cela soit parfait dans tous les domaines, mais non, ce n’est pas grave si on ne mange plus.

Oui, je veux être présente pour mon enfant et mon mari, mais par pitié, donnez moi du temps à moi.

Prise entre mes convictions et mon éducation de don de soi, je me suis sentie perdue, peu comprise et surtout très triste. J’avais l’impression de ne plus me reconnaître. J’étais en colère en permanence. J’avais envie de tout envoyer valser, de me barrer. J’avais envie de danser aussi et de boire.

Et puis l’Amoureux a eu un poste à l’université. L’année prochaine, il va avoir un travail rémunéré pour faire ce qu’il aime.

Mais à Nantes.

Il sera donc à plusieurs heures de chez nous et les trajets ne sont pas remboursés, sinon ça serait moins drôle.

Et là, j’ai senti la domination.

On félicite mon mari, on lui tape dans le dos, on lui fait des blagues du style « ah bah loin de ta femme, ça va te faire du bien hein ?« , on rigole sur les maîtresses potentielles. Pas un mot ne m’a été adressé se demandant si j’allais bien réellement. Si mon mari n’était pas triste de devoir laisser sa famille la semaine, si moi j’étais prête à assumer tout cela, si  on avait besoin d’aide, si…

Non, parce que pour la société, c’est normal que j’assume cet enfant, son quotidien, sa sécurité, car : je suis la mère. Je suis la mère, je l’ai choisi, je dois laisser mon mari avoir sa carrière. Je suis persuadée que les remarques auraient été différentes si c’était moi qui avais obtenu un poste loin de ma famille. On aurait tout de suite demandé « Et Grumpf, comment il va faire ?« .

Et pourtant nous sommes dans des milieux qui se disent progressistes, qui se disent ouverts, qui se disent même parfois féministes (ah ah ah). Mais cela reste des milieux qui sont fortement imprégnés par le patriarcat et qui reproduisent ce que papa et maman ont toujours fait : Maman assume l’intendance et papa fait son travail. Maman peut faire les deux, mais Papa non. Il doit rester concentré.

Grumpf est désolé de cette situation. Il n’est pas responsable de ce poste et il est très triste de quitter sa famille pour une année. Mais on n’a pas vraiment le choix.

Vous savez ce qui est le plus dur ? Ce n’est pas d’assurer un rythme, parce que je sais que je vais y arriver. J’ai été conditionnée pendant des années pour tout assumer. Non ce qui est difficile, c’est de savoir que dans la tête de 90% des gens, c’est normal que ce soit moi qui le fasse. NORMAL.

Ce qui sera difficile, c’est d’être seule le soir, loin de mon amoureux, c’est de ne compter que sur moi. Ce n’est qu’une petite année. Ca va passer vite. J’espère qu’on va y arriver. Je nous sais assez forts, mais est-ce que je vais réussir à lâcher prise ? C’est une autre histoire.

Ce qui sera difficile, ce sont les situations exceptionnelles comme la maladie, une grève de train, un parent qui te retient le soir pour parler. C’est de prévoir et d’anticiper malgré la fatigue et le travail.

On verra bien. On se laissera aller. On apprendra de ses erreurs. Ou pas.

On n’oubliera pas de vivre et de profiter, même si une saveur manquera.

 

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12 Replies to “Tout est politique. Surtout la maternité.”

  1. Le choix de la maternité est particulièrement intime et bien des raisons expliquent l’envie ou la non-enfant de devenir parent. L’un des principaux moteurs de ma non-envie est précisément ce que tu expliques : le déséquilibre du partage des tâches qui m’incomberait forcément, juste parce que je suis une femme. Je m’y refuse. Des études montrent qu’à chaque nouvel enfant, le déséquilibre se creuse au sein du couple en défaveur de la femme. On me reproche parfois de brandir ma non-envie comme un étendard politique mais je n’arrive pas à concevoir qu’on doive garder ce choix dans la sphère de l’émotionnel. Oui, je peux justifier ne pas devenir parent par des raisons écologiques et féministes (et psychologiques, mais c’est un autre débat). Je te souhaite bon courage pour cette année à venir.

    1. Je suis dans une situation sim. J’ai été maman solo pendant quatre ans et demi. Mon mari sera très probablement loin de la maison la semaine pendant 1 an (avril 19-avril 20). Notre fille commune aura alors 1 an, mon fils 13. Les premiers 5 mois de son absence je serai encore en congé parental. Je redoute cette séparation géographique parce que je sais exactement ce qui m’attend. Devoir tout gérer tout le temps, passer mon temps à courir pour être à l’heure à la crèche, au boulot…
      Ce que j’ai apprécié, c’est que son chef lui a demandé si on en avait parlé à la maison, si le reste de la famille assurerait au quotidien parce que c’est loin d’être une évidence. Et j’ai un peu peur de ce que cette séparation va avoir comme conséquences sur notre couple. C’est déjà pas toujours évident avec un tout petit, c’est un grand bouleversement alors la distance en plus. Et pour faciliter les choses, on habite vraiment loin de nos familles donc au quotidien, ce sera juste les enfants et moi.
      Je pense à toi, bon courage à vous trois pour l’année à venir.

  2. Bon courage pour votre année à distance.
    Sinon je suis d’accord avec toi, la maternité est le grand oublié de l’égalité ! Quand je pars en déplacement tout le monde demande au Papa 15 fois par jour si ça va, quand il part on me demande juste si il ne manque pas à la petite…

  3. « Grumpf est désolé de cette situation. Il n’est pas responsable de ce poste et il est très triste de quitter sa famille pour une année. Mais on n’a pas vraiment le choix. »

    C’est à ce genre de phrase que je vois à quel point le féminisme a encore beaucoup beaucoup à faire.

    Oui, sur les autres on peut les fustiger.

    Mais sur nous, quand le patriarcat agit, « on a pas le choix » que de s’y soumettre..
    Le mari primate n’a pas le choix entre sa carrière et sa famille.
    Ce n’est pas un choix qu’il fait le pauvre petit, il y est obligé par la société.

    La femme soumise n’a pas le choix d’accepter qu’il choisisse lui sa carrière et sa famille.
    La femme soumise à son mari n’a pas le choix elle de vouloir privilégier sa carrière.

    Tant que l’on continuera à agir comme ça, cela ne servira à rien de se rebeller contre la société, car ce n’est pas tant que c’est « normal », c’est qu' »on a pas le choix ».

    1. Je pense qu’il y a un oubli : la notion économique. Nous n’avons pas le choix du poste car mon mec est en fin de droit et que cracher sur un poste, alors qu’on n’a pas d’argent, c’est quand même compliqué.
      On peut juger autant qu’on veut, tant que cette question économique n’est pas réglée, je me vois mal donner des leçons à quelqu’un sur ses choix.
      Bonne journée.

      1. Ce que je dis c’est qu’il y a toujours des bonnes raisons.
        Toutes les femmes qui ont un mec qui part loin et qui va les laisser assumer seule l’intendance ont une bonne raison.
        Et je ne le conteste pas.
        Les raisons de chaque cas individuels sont souvent juste et logique.

        Mais malgré tout, ces bonnes raisons font que c’est l’homme qui part et la femme qui s’occupe du foyer.
        Très très rarement l’inverse.
        Car la carrière de l’homme est importante.
        Celle de la femme souvent moins.

        1. Clairement, je suis tout à fait d’accord. Dans mon cas, c’est moi qui ramène le plus d’argent et qui suis le plus stable. Je sais que les remarques n’auraient pas été les mêmes avec la même opportunité.

  4. Ce qui est très triste – et qui est mon cas – c’est que finalement tu vas réaliser que, sans ton mari, et bien tout roule. Tu vas gérer bien sur!
    Et avec les semaines qui passeront tu réaliseras même que tout roule peut-être même mieux que si ton mari était là…
    Donc au final, tu sauras tout gérer toute seule, sans même avoir « besoin » de ton mari anymore… Au final c’est cela qui est triste…

  5. Bonjour.
    Je suis femme de militaire et quand mon mari part c’est entre 1 et 3 mois et il ne revient pas le week end… jamais !
    Donc me voilà à gérer tout toute seul avec un petit garçon de 1an. Même si je savais dans quoi je m’engageais, je ne pensais pas ça si difficile certains soir. Après le travail, faire à manger ou le ménage avec un petit dans les pattes qui hurle devient un fardo… ya certains jours ou je reste exprès le plus tard possible au travail pour retarder mon retour à la maison…
    Mais j’aime ma vie. J’aime mon mari et mon fils et je ne changerai ma vie pour rien au monde car j’adore les moments de retours. Les yeux de mon fils émerveillé de revoir son père.

    Courage. Si c’est l’affaire d’un an je te jure que ça se passera bien même. Et prends un/e babysitter. Je te jure que des moments sans enfants sont super important!
    Tu auras envie de hurler mais ça ira ! Et faut apprendre à lâcher prise. On change son organisation. Je fait un drive. Y’a des soirs où je ne fais pas le ménage. Ou je mange du pain et du fromage. Tant pis pour le bazar. Et après tout c’est pas mon mari que ça va gêner 🤣

  6. Je te souhaite plein plein de courage ! Pour l’avoir vécu, mon mari a travaille à l’étranger pendant 7 mois l’an passé, il ne rentrait que les week-ends…. je suis totalement d’accord avec toi : le plus dure ce n’est pas d’assumer le quotidien, c’est quand s’ajoute à celui-ci des petits (ou grands) éléments plus délicats. Pour ma part, j’ai du faire face à un début de grossessse, une fausse couche, un déménagement et un autre début de grossesse – avec un petit bonhomme de presque 2 ans dans les « pattes » et un boulot très prenant. Tout cela m’aura probablement valu la menace d’accouchement prématuré qui m’est tombée dessus (heureusement, a ce moment-là, mon homme était rentré !). Mais on tient ; parce qu’on est conditionné pour le faire, parce qu’on a pas le choix, parce qu’on sait que c’est pour une période donnée. Et parce qu’on a pu trouver bcp de soutien auprès de certains amis, membres de la famille.

    J’ai eu la chance de ne pas avoir droit à « trop » de remarque allant dans le sens de la normalité, j’ai plutôt eu « et ça va aller toi toute seule, le petit et le déménagement ?! » (notre entourage n’était pas au courant de notre volonté de petit deuxième).

    Ça ira, j’en suis certaine ! Et j’espère que le « prix à payer » pour te donner autant, te surpasser sans vraie pause, ne sera pas trop lourd pour toi, pour vous 😘

    1. Tout d’abord merci pour ce témoignage! Se rendre compte que ce que l’on ressent est super rassurant! Réaliser que l’on est pas seule à vivre cette situation, que l’on est pas la jalouse et l’egoiste qui ne pense qu’à son bien être et qui ne rêve que de moments à elle l’est tout autant!
      Je vis la même situation que vous toutes; Mon mari a changé de métier (Il était enseignant) et occupe aujourd’hui un poste qui lui impose beaucoup de déplacements loin de la maison, parfois des semaines entières. Les réactions de l’entourage masculin sont systématiquement les mêmes : on valorise son courage, son engagement, son professionnalisme et je vous épargne les sourires entendus sur les moments très agréables loin du quotidien de la maison entouré d’autres femmes toutes plus attirantes mes une que les autres.
      Je me suis moi aussi surprise, malgré l’amour immense que je porte à ma famille, à avoir envie de tout envoyer valser! Envie de liberté, de m’occuper de moi, de me poser en fin de journée, d’être valorisée, de ne plus être celle qui gère tout et qui ne doit rien dire car tout est normal. Seul le dialogue et des conversations (parfois difficiles) nous permettent de gèrer cela ensemble. J’ai besoin lorsqu’il revient de “debrieffer”, de savoir et de parler! C’est le meilleur moyen que J’ai trouver d’assumer cela. Bon courage à vous, me temps passe vite!

  7. Moi je ne trouve pas ça normal, du tout, et je comprends ta frustration, voir ta colère. Je ne vois pas pourquoi un homme devrait forcément être heureux loin de sa famille (et de son horrible femme toujours en train de râler) et une femme super épanouie lorsqu’elle est débordée par l’entretien de la maison et l’éducation des enfants.

    J’approche doucement des 30 ans, et l’amour des couches sales et du ménage ne semble pas se développer en moi.

    Courage !

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