Peut-on être encore féministe en 2015 ?

Il y a quelque temps, alors que je me posais encore une de ces questions à laquelle il n’y a pas vraiment de réponse, je me suis retrouvée à dériver sur un sujet que je connais bien : le féminisme. J’ai un peu regardé mon blog et je me suis rendue compte que je parlais peu, voire pas du tout, de mes engagements politiques ou de ma passion pour des sujets d’actualité. Est-ce par pudeur ? Est-ce  par censure ? Dans un monde de licornes à paillettes et d’arcs-en-ciel, c’était peut-être mal venu de parler de la crise grecque ?

Quelle barrière me suis je mise pour ne pas parler d’un sujet récurrent de ma vie (personnelle et professionnelle), alors que ici, c’est mon espace à moi.

Peut-on encore dire qu’on est féministe en 2015 sans passer pour une hystérique ou une extrémiste ? Ou les deux, tiens, soyons fous.

Comme toute bonne prof’ qui se respecte, commençons par le commencement : la définition.

Qu’est-ce que le féminisme ?

Si j’en crois notre ami Wikipédia :  » Le féminisme est un ensemble de mouvements et d’idées politiques, philosophiques et sociales, qui partagent un but commun : définir, établir et atteindre l’égalité politique, économique, culturelle, personnelle, sociale et juridique entre les femmes et les hommes. Le féminisme a donc pour objectif d’abolir, dans ces différents domaines, les inégalités homme-femme dont les femmes sont les principales victimes, et ainsi de promouvoir les droits des femmes dans la société civile et dans la sphère privée« .

Tout un programme.

Je ne pourrais pas dater précisément ma prise de conscience ou dire cette phrase «  Je suis devenue féministe depuis mes ….« . Je crois que très jeune, j’avais conscience d’une inégalité grave entre les hommes et les femmes. J’appuie sur le mot grave. C’est grave. Je dirais que j’ai réellement commencé à m’insurger en entrant au lycée. Cela me mettait hors de moi d’apprendre que les femmes étaient moins bien payées, que la femme supportait une deuxième journée ( en plus de son travail) pour faire toutes les tâches ménagères. C’était pour moi inexplicable et inexcusable. Comment notre société avait-elle pu laisser faire cela ?

J’ai grandi, j’ai réfléchi, j’étais moins en colère, mais j’étais toujours aussi résolue à trouver des solutions, à faire changer les choses. Je crois que ce sentiment ne m’a jamais quitté depuis mes 15 ans. Même quand j’étais fatiguée d’entendre des critiques infondées, même quand je m’intéressais à d’autres sujets.

Et à 28 ans, je dois me résoudre à le dire : je suis féministe.

J’aime lire Simone de Beauvoir, Judith Butler et autres contemporaines (Pardon, mais je n’ai pas encore trouvé un homme qui écrivait correctement sur ce sujet… ). J’aime lire des articles là-dessus, j’aime faire de l’histoire des femmes en cours, j’aime que mes élèves soient sensibilisés sur le sujet, j’aime transmettre ce que je sais, parce que ça fait partie à part entière de ma personnalité, de ma façon de voir la société, de lire la politique.

Et pourtant, je n’ai rien dit ici. Rien.

Mais pourquoi ?

Parce que le féminisme a mauvaise réputation. Parce que les clichés sont tenaces. Et qu’être traitée d’hystérique à tout va, il y a un moment, ça suffit. Le féminisme n’est pas une hypothèse, c’est un ensemble de faits, réels, que les individus subissent. Parce qu’être féministe, c’est aussi affirmer l’égalité entre tous et qu’après les mois autour du mariage pour tous, j’avoue que je me suis vite retrouvée « dépassée » et pour ne pas dire « sur le cul ». Parce que, quand on est féministe, on s’inscrit aussi dans une vision « non genrée » de la société. Enfin du moins, pour moi, vouloir l’égalité de tous les individus et dire qu’il existe des rôles « féminin » et « masculin », c’est un peu du foutage de gueule. (Pardon pour la vulgarité). Je ne suis pas en train de gommer les différences des individus face à ma sacro-sainte égalité, je pense juste que chaque individu fait ce qu’il lui plaît et qu’il a le droit de ressentir autrement son identité, de choisir comment il souhaite être perçu par les autres. Et finalement, je me rends compte que, lorsqu’on demande l’égalité, c’est pour réclamer plus de liberté. De la liberté d’action, de la liberté de pensée, de la liberté d’exister. La finalité de l’égalité, c’est aussi d’être libre.

Il n’y a pas de bon(ne) ou de mauvais(e) féministe. Il n’y a que des individus qui revendiquent une égalité, qui revendiquent que tous les individus soient égaux, face à la loi, face à l’économie, face à la société. Il n’y pas de sujets qui concernent plus l’homme ou la femme : tout le monde est concerné par l’égalité. Les « C’est comme ça » ou les « On n’y peut rien » n’ont pas le droit d’exister dans le vocabulaire quand il s’agit d’égalité. Je ne me résoudrais jamais à me dire que « c’est comme ça ». Jamais.

Alors peut-on être féministe en 2015 ? Ma réponse oui. On peut être féministe, on peut le devenir, on peut l’être depuis toujours et on peut finalement faire taire cette voix qui crie au scandale, mais au fond, tout au fond, on restera toujours celle qui revendique, qui demande à ce que ces inégalités cessent.

Et je crois que ma petite voix prend de plus en plus d’importance depuis quelques temps et que j’ai besoin de partager avec vous mes réflexions sur ce sujet.

Et toi, tu te sens féministe ?

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15 Replies to “Peut-on être encore féministe en 2015 ?”

  1. Très intéressant ton article ! Je suis exactement sur la même longueur d’onde.
    Si tu cherches un auteur masculin intéressant en la matière, je te conseille Erik Neveu, passionnant prof de gender studies.
    Bonne continuation
    Elodie

    1. Je lis peu Eric Neveu, car je l’ai eu en cours (et qu’il m’a vacciné de lui même… ). Mais oui, il a aussi une vision intéressante !

      1. C’est rigolo, je l’ai eu aussi en cours… pendant près de 5 ans ! Et je l’ai trouvé passionnant sur le sujet.
        (parfois plus difficile d’accès sur d’autres sujets)
        Il faut réussir à se familiariser avec le personnage, c’est vrai !
        Tu l’as eu en prof pour quelles matières ?
        Personnellement à l’IEP de Rennes.
        Mais je te promets que le livre qu’il a érit avec Christine Guihonnet est génial ! hihi

  2. « Et toi, tu te sens féministe ? »

    Évidemment 🙂

    Il est bien connu que le féminisme est désormais un gros mot et dans l’imaginaire collectif, se dire féministe revient à se dire hystérique. L’imaginaire collectif aime la paix, déteste les empêcheurs de tourner en rond et met toutes les personnes de conviction qui vont à contre-courant, comme les féministes, les végétariens, les athées purs et durs (exemples entièrement fictifs… ou pas), dans le même panier de crabes : les militants. Ce qui est un gros mot aussi, en passant.

    Et être militant, c’est mal, parce que ça dérange, ça défrise, ça fait se poser des questions, et puis quand on est un homme blanc cisgenre, on ne voit vraiment pas où est le problème, de quoi se plaint-on, après tout on est libre de porter des minijupes et de passer le permis sans autorisation maritale trololol ?

    Bref, le féminisme dérange littéralement, il dérange aussi les femmes et ça qui me chagrine le plus, toutes ces femmes qui n’auraient « pas besoin du féminisme » parce qu’elles savent utiliser un tournevis sans comprendre que le problème n’est pas là, sans vouloir se dresser les inégalités de salaire, de traitement, le harcèlement ordinaire et tous ces combats du quotidien qu’on ne pourrait gagner qu’en se mettant toutes à remuer les mentalités vaseuses.

    Ton article donne l’impression que tu sors du placard, et je le salue en regrettant qu’en 2015, se déclarer féministe revienne toujours à sortir du placard.

    1. C’est surtout un article introductif, avant les deux autres qui attendent bien sagement. Je vais revenir exactement sur les points que tu soulèves (c’est drôle… Sors de mon cerveau :p )
      Merci en tout cas pour ton commentaire ! A très vite !

  3. Super article ! ça me fait plaisir à lire parce que moi aussi ça m’insupporte le manque d’égalité et les pubs et sous-entendus gendrés, sans parler du milieu du travail en plus de la sphère privée où beaucoup de chemin reste à faire !
    Mais j’ai du mal à me dire « féministe » haut et fort car j’ai pas des masses de culture féministe. J’ai hâte de pouvoir en lire plus, si bien sûr tu comptes en écrire d’autres, afin d’en connaître un peu plus et de pouvoir mettre mes convictions et mes avis en regard avec d’autres avis :).
    Enfin : j’aimerais espérer qu’un jour le mot « féminisme » n’existera plus parce qu’il n’y en aura plus besoin. L’égalité et la liberté, oui ce serait vraiment bien, mais bon on y est pas encore. (et maintenant je réfléchis encore une fois à comment l’on pourrait améliorer tout ça)

    1. Allez je publie les autres rapidement pour te faire un peu de culture plus universitaire. Mais ne t’inquiète pas, il ne faut pas en connaitre pour se revendiquer féministe. Des bisous

  4. Merci pour cet article! Je me faisais la réflexion justement aujourd’hui qu’on avance toujours la date actuelle pour appuyer toute conversation sur l’égalité / la laïcité / le féminisme, etc. Comme si, parce que le temps passe, on était forcément plus évolué qu’avant. Comme si un être humain de 2015 était forcément la version évoluée d’un être humain du même âge il y a 50 ans. Mais dans une société patriarcale, qui envoie des signaux toujours plus contradictoires, et où les places respectives des hommes et des femmes sont toujours sensiblement les mêmes, est-ce que l’argument de l’évolution, du profit de la somme des acquis, vaut quelque chose?

  5. Bien sûr que je suis féministe ! Je suis toujours choquée par les inégalités que supportent les femmes mais j’en découvre aussi de plus en plus faites aux hommes.
    On a mal regardé ma collègue qui a osé prendre un 80% après ses 6 mois de congé parental et ce n’est pas normal. Mais que dire de tous mes collègues masculins qui ont à peine osé prendre leurs 14 jours ?
    J’en connais quelques uns qui préféreraient voir grandir leurs bouts de chou mais n’osent pas et c’est vraiment dommage !

    1. C’est super injuste la façon dont c’est le congé maternité est réparti. Le plus drôle c’est que l’adoption donne bien plus de flexibilité au niveau du partage des jours de congé avec un pot commun à se partager entre parents. C’est vrai qu’une maman a besoin de plus de récupération après un accouchement mais un papa a aussi besoin de créer un lien avec son enfant! et je crois en effet que l’équilibre viendra plus en rallongeant le congé de paternité qu’en raccourcissant celui des femmes qui n’est déjà pas très long…

  6. Je suis féministe dans le sens de la définition de Wikipédia mais je ne m’inscris pas dans une vision « non genrée » comme tu dis, pas au sens des rôles mais au sens des différences métaboliques .Je suis ingénieure en physique de formation donc j’ai tendance à être entourés d’homme très souvent. J’exige d’eux qu’ils me considèrent comme leur égale mais aussi qu’ils sachent que je n’ai ni la même force physique ni la même sensibilité. Par exemple, qu’ils gardent en tête que j’ai besoin d’aide pour déplacer cette machine lourde ou que franchement des blagues de pet ce n’est pas trop mon truc. Bien sûr ce que je dis est caricaturée mais dans la moyenne un homme et une femme ça ne fonctionne pas pareil ; avec bien entendu des exceptions et la liberté de chacun de définir qui on veut être. Vouloir l’égalité ne veut en mon sens pas dire qu’on veut être pareil, juste qu’on veut avoir les mêmes droits et libertés.
    Un jour un manager m’a dit qu’il ne voulait pas de fille dans son équipe parce que ça changerait la dynamique. Je crois qu’il attendait de ma part que je lui prouve que non ça n’allait rien changer, mais au contraire je lui est prouvé que ce n’était pas forcement une mauvaise chose de changer. La différence fait juste de nous des femmes, pas des sous-hommes 😉

    1. Je pense que c’est juste une question de caractère, Flora, et non de sexe. Moi, je suis bien plus blagues de cul que mes collègues et nonobstant mes 50 kg, j’étais meilleure manutentionnaire que bien des mecs de l’équipe. Je reste persuadée qu’il n’y a pas de différences h/f, mais juste des différences de caractères (gardons tout de même en tête que la société crée des standards iniques [la fille douce, l’homme viril] qui doivent orienter les caractères) . Je suis contre le féminisme différentialiste ; je serais plus beauvoirienne : j’aime le neutre et l’universel.

      1. J’ai un peu forcé le trait dans mon exemple, je suis d’accord que la société et l’éducation introduit un certain biais cognitif chez les uns et les autres mais ce n’est pas la société qui nous soumet dès notre puberté les uns à la testostérone et les autres aux estrogènes.Je refuse de croire que la seule différence entre les performances sportives hommes et femmes soit le caractère. Bien sûr dans le lot il y a des femmes qui sont bien meilleures que tout un tas d’hommes mais ça ne change pas le fait qu’ils ont droit à un dopant naturel qui les rend en moyenne meilleur du point de vue musculaire! Refuser de reconnaitre qu’il y a une différence et pour moi un frein à l’égalité car c’est un argument assez facile à détruire.

  7. […] mais bon les articles sur le féminisme pour l’instant je les laisse à Madame Sourire […]

  8. Bonjour, j’ai actuellement 15 ans et je m’intéresse depuis peu au féminisme. Vous avez répondue à la question qui me tourmentais et je vous en remercie.

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