« Mais Madame, vous êtes féministe vous ? »

Le mardi 8 mars 2016, j’ai fait cours comme tous les jours, parce que je n’avais pas besoin de faire de cours spécifiques « femmes ». Je le fais déjà.

Mes élèves ont donc travaillé sur les femmes dans l’après régime de Vichy (coucou la tondeuse !), par rapport aux dernières recherches sur le sujet. Puis les Secondes ont travaillé sur « les femmes au Moyen-Âge : entre contrôle et émancipation », pour montrer les normes que l’Église imposait aux femmes.

Bref, du lourd.

Quand les élèves de Première L sont arrivées (oui je mets un « ées » parce qu’elles sont majoritaires : 24 filles sur 32 élèves), elles m’ont souhaité une bonne fête, un peu comme on souhaite la fête à sa grand-mère ou bien à tante Micheline. Cela m’a un peu contrariée. Je n’ai pas dit grand chose, j’ai attendu que tout le monde soit assis (je dis bien assis, parce que bon « disponible à écouter » est une compétence bien trop complexe pour les Première L que j’ai), et j’ai repris leur propos avec une certaine angoisse.

Allais-je être démasquée en tant que féministe ?

Petite retour d’expérience.

C’est la méconnaissance de cette journée qui fait que chaque année, on se tape les mêmes trolls sur Internet, qui nous explique que cela ne sert à rien et « pourquoi pas une journée de l’homme ? Non mais oh !« . Je sais très bien les critiques qui peuvent être présentes.

En tant que professeur, nous sommes les dignes représentants de l’État et nous ne devons pas donner nos opinions politiques, principe de laïcité oblige. (Oui, la laïcité, c’est aussi les opinions politiques. ). Nous devons représenter la neutralité de l’État (même si sincèrement, la neutralité de l’État, je n’y crois plus trop… ). Je me suis donc retrouvée confrontée à un problème de conscience : entre mon rôle de neutralité et celui de mon engagement, qu’est-ce qui prime ?

J’ai tendance à penser qu’un enseignement engagé est préférable pour toucher les jeunes. Si vous étudiez le relief de la France, tout le monde s’en fout. En revanche, si vous étudiez le relief de la France en mettant en avant le besoin de protéger cette nature, là d’un coup, un minimum d’individus s’intéresse. En même temps, sur le relief de la France, on risque peu d’avoir de l’audience….

Me voilà donc, en ce jour du 8 mars, face à ma classe de Première L, qui me regarde avec l’envie d’en savoir un peu plus. Un peu plus sur cette journée et un peu plus sur la professeure qu’ils côtoient depuis deux ans.

Alors j’ai décidé d’attaquer dans le dur.

Je répète les avancées des droits des femmes, avec un petit rappel des dates : droit de vote des femmes dans le monde (Nouvelle Zélande 1893), en France (1944), droit de travailler sans autorisation du mari (1965), droit d’ouvrir un compte sans son mari (1965),  contraception (1967), IVG (1975),… On envoie un peu de pâté comme on dit chez nous.

Je m’arrête sur le Mouvement de Libération des Femmes  (MLF – Création entre 1967 et1970), objet de mon mémoire et de ma fascination pour les groupes non mixtes. Je reviens justement sur les groupes non mixtes et sur le besoin parfois de s’exprimer sans être jugée en politique (par un homme, par un homme blanc, par un homme blanc de plus de 50 ans….).

Et puis viens la fameuse remarque : « Mais Madame, aujourd’hui, ça sert à rien en France de parler des droits des femmes, on est à égalité ! »

Et bien non. On parle différences de salaires, on parle des augmentations que les femmes demandent moins parce qu’elles ont incorporé que si elles font bien leur travail, elles seront récompensées. On parle des femmes dans le Monde. En Afrique, en Asie, des viols, des mariages forcés, des filles qui se font tondre les cheveux dans les cités par leur père quand elles ont couché. On parle harcèlement de rue, remarques sexistes. Cela dure vingt minutes. Vingt minutes dans leur scolarité où je retire un peu le masque et où je parle de ce qui me touche profondément.

Et Aminata demande « Mais vous Madame, vous êtes féministe ? Vous êtes engagée dans une association non mixte ? »

L’alarme de prof’ se met toujours en marche à ce moment-la. N’est-ce pas trop en dire ?

« Oui, Aminata, je suis féministe. Je pense que notre société est inégalitaire, que cela s’explique par l’Histoire, par tous plein d’autres facteurs. Cela ne veut pas dire que je veux que les femmes soient supérieures, je souhaite juste que les petites filles du monde entier aient les mêmes droits que les petits garçons. C’est peut être utopiste, mais c’est comme cela. En revanche, je ne suis dans aucune association« .

L’honnêteté. Tout simplement.

Et puis on passe à autre chose.

Pourquoi vous raconter cela, surtout presque deux mois après l’anecdote ?

Parce que souvent, en tant que professeur, on a peur. On a peur d’influencer nos élèves, on a peur de ne pas être assez neutre. On a peur d’être démasqué dans nos opinions. Je dis « on » mais je devrais plutôt dire « je », quoique je connais de nombreux collègues à qui cela pose problème. Il y a une idée en France comme quoi tout savoir serait neutre. Il faudrait, en tant que professeur et institution, recracher un savoir sans aucune construction, qui permettrait à l’individu de se faire sa propre opinion.

Retirons nous tout de suite cette idée. Le savoir n’est pas neutre. Sa construction n’a rien de mystique. Il vient de chercheurs engagés dans des logiques. L’histoire et la géographie ne sont pas neutres. On ne travaille pas le pouvoir royal comme dans les années 1950, parce que depuis il y a eu une révolution en histoire et qu’on s’intéresse à d’autres choses. Parce que des archives ont été découvertes. Plus tôt nos élèves le savent, plus tôt ils sauront prendre du recul. C’est en évitant de dire que tout est politique, surtout le savoir, qu’on les conduit à ne plus réfléchir et qu’on se retrouve avec « un savoir légitime » et un « savoir d’Internet » (aka le complot…. ). C’est en apprenant à nos élèves, à nos enfants à savoir comment on réfléchit, à montrer comment l’histoire se construit (« regarde cette belle montagne d’archives !!!« ), à montrer comment on peut penser les faits, à montrer encore et toujours que c’est une certaine rigueur qui permet de valider une vérité (« Oui, les chambres à gaz ont existé : nous avons des milliers de preuves » ), qu’on peut réussir à leur faire avoir de la réflexivité sur eux-mêmes.

Quand j’affirme que je suis féministe, mes élèves savent dans quel courant historique ils peuvent me mettre. Je vais avoir une attention particulière aux rôles des femmes, je vais démontrer des logiques qu’ils n’auront pas vu dans leur scolarité. Non, on ne peut pas parler de « collaboration horizontale » quand on parle des femmes qui ont eu des aventures avec des allemands entre 1940 et 1945, car ce sont des propos sexistes. Comme si la femme ne pouvait pas avoir un autre rôle que celui de coucher. Et pourtant leur prof de 3ème leur a répété 30 000 fois ces deux types de collaborations : verticale (le pouvoir : j’obéis aux ordres = les hommes) et horizontale (pour la femme et ses coucheries).

(Entre nous, cela a donné un fou rire de classe car Caro m’a demandé pourquoi on disait horizontale… « Bah oui Madame, on peut faire ça verticalement et même parfois de biais. » C’est vrai. )

Mes élèves savent pourquoi je vais insister lourdement sur l’histoire des femmes dans l’Antiquité, dans le Moyen-Âge, qu’ils vont pouvoir me poser toutes les questions qu’ils veulent sur la sexualité dans les différentes périodes. Certes, je ne suis pas la meilleure en bataille ou en royauté. En revanche, tu peux me poser toutes les questions que tu veux sur les positions sexuelles interdites, les règles et l’homosexualité au Moyen-Âge. Ça, je suis sûre de moi.

Mon savoir est construit. Selon mon intérêt, mes cours à la fac, mes recherches, mes plaisirs en histoire. Mes cours sont construits selon mon savoir. J’enseigne à mes élèves ce que je pense, ce que j’ai construit moi-même. Je m’appuie sur des grands historiens ou sur des thèses pas encore publiées.  Je lis beaucoup, je transmets.

Je transmets selon mes idées : pour une société plus juste, plus égalitaire.

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37 Replies to “« Mais Madame, vous êtes féministe vous ? »”

  1. J’aurais juste adoré avoir une prof comme toi.

    1. C’est vraiment très gentil ! Mais je suis sûre que tu as eu aussi des supers profs 🙂
      Gros bisous

      1. Tu sais la neutralité ce n’est pas « cinq minutes pour les Juifs et cinq minutes pour Hitler ». La République ce n’est pas qu’un système politique c’est aussi un ensemble de valeurs et de principes: Liberté, Egalité, Fraternité. Ces valeurs, par essence, ne sont pas neutres, elles engagent. Le féminisme dont il est ici question est un juste ajustement de la société aux valeurs de la République. Enseigner en étant fonctionnaire de la République c’est s’engager à faire partager ces valeurs.
        Et comme au premier rang de ces valeurs il y a la Liberté, l’enseignement de l’esprit critique permet de ne pas enfermer les élèves dans une pensée unique, d’en faire des militants. Ils confrontent leur liberté à des limites, ils apprennent à réfléchir, à évaluer, à critiquer pour que Liberté, Egalité, Fraternité ne soient pas de vains mots, pour nous rappeler tous les manquements à ces valeurs…

  2. La neutralité c’est une question que je me pose souvent en tant que professeur notamment lors des débats sur les attentats. De mon côté, je préfère être honnête avec eux et leur dire sans entrer dans les détails mes convictions tout en précisant qu’elles sont personnelles et qu’on peut ne pas être d’accord avec elles.
    Quand je te lis, j’adorerais redevenir élève pour assister à tes cours et en apprendre plus sur la condition féminine.

    1. Sur les attentats et notamment pour Charlie Hebdo, j’ai préféré être honnête plutôt que de « jouer » une fausse partition. J’ai un élève qui a été assez violent mais on a beaucoup discuté.
      Et si tu veux lire un truc sympa sur la condition des femmes, une BD vient de sortir : Sex Story. Et je vais vais en faire une chronique !

  3. Bel article qui nous plonge au cœur des problématiques de profs 🙂
    Je suis pour ma part journaliste mais je réfléchis également beaucoup à cette notion de « neutralité » (que nous sommes nous aussi sensés incarner) que je trouve stupide parce que nous sommes tous le produit d’une histoire, nous avons tous des pensées, les masquer relève pour moi, non seulement de l’inutilité, mais aussi de la malhonnêteté intellectuelle.
    L’échange humain réellement intéressant et enrichissant ne peut se faire que si nous ne portons pas de masques, tu en apportes la preuve ^^

    1. Je pense que dans votre métier la notion de neutralité est quand même très lointaine… Ou du moins les valeurs que je ne défend pas, sont bien représentées dans certains journaux. J’ai beaucoup d’amis journalistes et ils se disent plus engagés que neutre et je trouve ça particulièrement appréciable. Au delà de cela, les journaux auxquels vous appartenez, ou les sites webs ont aussi une histoire et une dynamique. On sait trop bien les contraintes que certaines rédactions mettent pour faire du chiffre et donc du journalisme « rapide ». J’espère que je ne te choque pas en disant cela…
      Merci en tout cas de ton commentaire 🙂
      A très bientôt

  4. J’aime ta vision des choses. La neutralité est probablement une chose importante, mais elle ne peut pas être réduite à un « ni ni » tel qu’on le voit trop souvent. La neutralité, c’est aussi je pense assumer ses convictions en les expliquant, et en donnant des sources fiables. L’engagement trouve ses raisons dès qu’il est expliqué concrètement, sans excès, sans « non mais c’est ce que je pense et c’est tout », et toujours confronter et décortiquer ses sources. C’est de toute façon comme ça qu’on apprend, et qu’on comprend !

    1. J’aurais pu largement discuter des problèmes du « ni, ni ». C’est une véritable catastrophe. Et quand on a l’audace de dévoiler certaines convictions, les élèves sont tellement peu habitué, qu’on passe pour une excentrique. Parfois, je réfléchis en sens inverse en me disant que les profs racistes, anti-républicain et autres ne peuvent pas donner leur avis grâce à la neutralité, c’est quand même une bonne chose. Et je suis sûre que je serais la première à faire un scandale si ils le faisaient. Alors je me range derrière la neutralité et les valeurs de la République. Je défends l’égalité, la liberté et la fraternité. Et le féminisme s’inscrit entièrement dans ce combat.

      Merci de ton commentaire en tout cas ! Au plaisir de te lire 🙂

  5. J’aurais réellement aimé avoir une prof comme toi au lycée!

    1. Merci beaucoup ! Je suis sûre que tu as eu aussi des supers profs !

  6. Les profs que j’ai le plus apprécié et écouté sont, effectivement, ceux qui « se mouillaient » et pas qui nous recrachait du savoir. La neutralité est fictive puisqu’on est forcément issus d’un milieu et influencé par de nombreux paramètres. Savoir transmettre et faire réfléchir, c’est primordial.
    bien sûr en tant qu’agent de l’état il y a des limites, mais ça ne me parait pas incompatible avec le fait de parler du féminisme (entre autres)

    1. Cette question de la limite de l’agent de l’Etat me pose souvent question et je pense que ça serait un excellent sujet pour les candidats au concours de prof 🙂
      Merci pour ton commentaire (je n’ai pas compris pourquoi mon anti spam l’avait mis dans ma boîte d’indésirable 🙁 )

  7. sarahsupercreative dit : Répondre

    Bel article. Je trouve qu’en qu’en tant qu’humain, on ne peut pas être neutre à 100%. Pour moi, l’apprentissage passe aussi par la personnalité de celui qui enseigne. Je pense que tu as eu raison de te dévoiler et de faire passer ce message.
    Merci pour ces leçons 😉

    1. Merci beaucoup pour ton avis et ton commentaire. Forcément, je te rejoins là-dessus 😉
      A bientôt

  8. FEMINISTE ??? oh mon dieu, quelle horreur ! :-)))

    1. Nous sommes bien d’accord !!! 🙂

  9. Un texte sensible et passionnant, merci pour ces réflexions qui m’ont beaucoup intéressée. Et je voudrais bien avoir un cours avec toi sur la masturbation au Moyen Âge, ça a l’air sympa 😉

    1. Je suis en train de monter un article sur un ouvrage qui devrait forcément te plaire !
      Merci pour ton commentaire
      A bientôt

  10. Très bel article.
    Je pense que c’est en expliquant les choses comme tu l’as fait que les étudiants peuvent ensuite remettre les choses en perspective, prendre de la distance et se construire par la suite leur opinion.
    Bonne journée

    1. Merci beaucoup pour ton commentaire et le compliment !
      A très bientôt j’espère !

  11. Au moins c’est honnête.
    Et je pense aussi que les enseignements ne sont jamais neutres. Donc autant assumer ses positions.

    Et puis quand l’instit (de maternelle) explique aux enfants que tel jeu est pour les garçons et tel autre pour les filles/ que les garçons ne doivent pas pleurer et que les filles doivent être sages, elle n’est pas neutre, mais là ça ne semble pas gêner grand monde…

    1. Je ne sais pas si cela ne gène pas grand monde… Sincèrement, je suis désolée pour ton enfant si il/elle est tombé(e) sur une instit avec ce type de commentaires. J’ai l’impression que cela bouge un peu sur ces lignes-là, mais il reste encore beaucoup de chemin à parcourir. En tout cas, moi ça me choque !
      Désolée pour cette réponse tardive… Mon anti-spam avait mis ton commentaire dans ma boîte d’indésirable ! Cela aurait dommage de ne pas te répondre !

      A bientôt

  12. C’est fou parce que en 2016, tu te poses la question de dire ou non que tu es féministe. Comme si il y avait quelque chose de mal à cela ! C’est Maisy William (Arya dans games of throne) qui du haut de ses 17 ans a dit que le mot féministe ne devait pas être utilisé. Soit tu es normal soit tu es un gros con sexiste !
    Plus sérieusement, heureusement que des professeures comme toi existent. J’ai eu la chance d’avoir une prof d’allemand qui m’a éveillée au féminisme au collège et merci à elle. Et du coup, merci à toi ! Peut-être que tes élèves ne s’en rendent pas encore compte, mais elles te remercieront intérieurement le moment venu !

    1. Si tu considères que le féminisme est un projet politique, c’est parfois problématique de le dire ouvertement. Il suffit de voir toutes les controverses autour du genre, et les associations de parents d’élèves qui refuse,t qu’on enseigne par ce biais-là. J’ai déjà eu certaines complications avec des parents du type « Il est plus important d’enseigner les rois (ce que je fais au passage…) que la place des femmes » ou « les femmes n’ont pas vraiment d’histoire parce qu’elles n’ont pas eu le pouvoir avant 1944 ». La question au quotidien ne se pose pas, elle se pose dans le cadre de l’école, lieu « neutre ».
      Merci en tout cas de ton retour d’expérience : je vois que ça peut en marquer certain(e)s !

  13. Bonjour. Bravo pour ton investissement et ton métier dans l’éducation nationale. Oui parce que pour moi être prof c’est un métier et non un travail. Une vraie passion quoi. Je m’égare un peu. Il m’a semblé comprendre au travers de ton article que tu connais assez bien la situation de la femme au travers de l’histoire de France. Je suis assez curieuse de découvrir tout ça. Aurais-tu des lectures à me proposer? Merci d’avance.

    1. Dans mon prochain article, je reviendrais sur un ouvrage « ludique » qui permettra d’avoir une entrée dans l’histoire des femmes, des hommes et de leurs sexualités ! Tu verras, c’est drôle 🙂
      Merci en tout cas pour ton commentaire !

  14. Très bel article.. Bravo !!! Tes élèves te remercieront plus tard d’avoir eu le courage de dire ce que oui tu es féministe et de leur apprendre toutes ces choses que beaucoup d’entre nous ignore….

    1. Merci pour tous ces compliments ! Je suis sûre que tu en sais plus que ce que tu crois 🙂 Guette mes prochains articles !

  15. Sarah - Les Jolis Mondes dit : Répondre

    C’est une réflexion intéressante, merci de l’avoir partagée avec nous ! Je suis professeur d’anglais à l’université, spécialisée en histoire américaine. Comme toi je me pose des questions sur la prétendue neutralité de l’enseignant, comme toi je n’y crois pas beaucoup. Si l’on peut parler d’historiographie, c’est bien parce que l’histoire est avant tout une question de choix et d’interprétations. Je choisis souvent de parler avec mes étudiants de l’histoire des minorités aux Etats-Unis (populations autochtones, Afro-Américains, femmes, communautés hispaniques). Ce sont les sujets qui me touchent le plus et ceux que je connais le mieux. J’ai en face de moi des personnes un peu plus âgées aussi, ça rend peut-être les choses plus faciles. En tout cas je crois qu’un bon prof est un prof qui enseigne avec passion et tente de créer de vraies relations humaines avec ses élèves, ce qui semble être important pour toi. As-tu vu la conférence Ted de Rita Pierson (https://www.ted.com/talks/rita_pierson_every_kid_needs_a_champion?language=fr) ? C’est assez brillant 🙂

    1. Je parlais la dernière fois avec une collègue-amie qui est en collège. On se posait la question de savoir si c’était possible de le faire avec des collégiens et dans quelles mesures (âge, sujet… )Il est sûr que l’âge compte énormément. Mais si déjà, au début de faire de l’histoire, ils commençaient par comprendre que cela se fait à travers des archives et non par des manuels, on aurait déjà un petit quelque chose. Je suis en train de réfléchir à tout cela, car je pense revenir en collège l’année prochaine.
      Je vais regarder cette conférence Ted, je t’avoue que je ne suis pas encore trop intéressé à ce phénomène mais tu m’as donné envie !!!
      Merci pour ton commentaire et à très bientôt !

  16. […] Ce billet est également publié sur le Blog de Madame Sourire. […]

  17. ton article est très bien écrit et je trouve tes réponses tout à fait justes (honnêtes). J’ai 37 ans et je n’ai jamais eu un seul prof (j’étais en privé) qui ne m’a parlé de féminisme ou qui aurait pu mettre l’accent sur les engagements particuliers des femmes. Je trouve tout cela dommage mais je vois que, maintenant, les choses avancent et c’est le principal. Il faut faire évoluer les consciences.

  18. C’est un article interessant, qui souleve un probleme delicat. Je suis sensible a la cause feminine et je pense etre d’accord avec les idees feministes de l’auteur, meme en tant que male blanc hetero non prof et ancien mauvais eleve… 🙂

    Seulement j’ai ressenti une petite gene quand vous dites donner vos opinions a vos eleves, meme par petites touches. Je suis un ardent defenseur de la neutralite politique des enseignants ainsi que des journalistes… Je pense qu il doit y avoir une frontiere marquee entre la transmission d’une information et d’une opinion. Cela releve de deux roles clairement differents, il y a l’enseignant et le maitre a penser.

    Vous etes enseignante et quelque part vous cherchez -un peu- a orienter ou a influencer vos eleves, parce que vous pensez votre combat feministe moralement juste. Si legitime soit votre engagement, je pense cela pose probleme. Mon probleme c’est la limite morale de cette influence, quelles idees ou opinions sont legitimes? qui peut donner son avis? Vous seriez sans doute horrifiee (et moi aussi) de voir un prof etaler les propos de Zemmour sur la condition de la femme, ou un autre influencer son auditoire avec des theses frontistes ou staliniennes…et pourtant… auraient-ils moins le droit de s’exprimer que vous? Pour moi, la neutralite doit etre absolue, sinon vous laissez la porte ouverte aux derives… il y a simplement un programme scolaire a tenir, et rien d’autre, meme si c’est tres frustrant!

    Je pense que la neutralite politique de l’education nationale doit etre primordiale, et qu’il y a d’autres moyens de defendre ses convictions et d’ouvrir l’esprit critique de ses eleves (comme pousser a la recherche d’informations ou pousser a etre autodidacte…)
    Et je dois ajouter que aujourd’hui encore j’ai une petite rancoeur contre deux des profs que j’ai eu, en economie et en philo, qui n’hesitaient pas a influencer les eleves avec des theses marxistes et a railler toute opinion contradictoire, ce qui m’a beaucoup decu a l’epoque. Les meilleurs profs que j’ai eu etaient les plus neutres, et je pense avoir un esprit critique libre…et meme des idees proches des votres!
    Evitons toute influence personnelle et faisons simplement confiance a l’intelligence des eleves!
    (desole pour les accents, j’utilise un clavier anglais…)

  19. Je suis tout à fait d’accord avec vous Leotigrou.
    Le titre de l’article était « un prof peut-il être engagé »? Bien sûr à condition que l’ engagement reste strictement dans la sphère privée et d’autant plus quand on s’adresse à ses élèves. L’article paru dans le huffingpost est l’illustration d’une dérive complète. J’étais effarée d’y lire ce contenu de votre conception de votre métier d’enseignante.
    Un extrait de l’article:

    « Mes élèves savent pourquoi je vais insister lourdement sur l’histoire des femmes dans l’Antiquité, dans le Moyen-Âge, qu’ils vont pouvoir me poser toutes les questions qu’ils veulent sur la sexualité dans les différentes périodes. Certes, je ne suis pas la meilleure en bataille ou en royauté. En revanche, tu peux me poser toutes les questions que tu veux sur les positions sexuelles interdites, les règles et l’homosexualité au Moyen-Âge. Ça, je suis sûre de moi. »
    « Mon savoir est construit. Selon mon intérêt, mes cours à la fac, mes recherches, mes plaisirs en histoire. Mes cours sont construits selon mon savoir. J’enseigne à mes élèves ce que je pense, ce que j’ai construit moi-même. Je m’appuie sur des grands historiens ou sur des thèses pas encore publiées. Je lis beaucoup, je transmets.
    Je transmets selon mes idées: pour une société plus juste, plus égalitaire. »

    Une grande gêne.

  20. Un jour quand j’étais en 5e, notre prof de français (que j’adorais) a lâché en plein cours : « Les filles, quand vos petits copains vous demanderont de faire l’amour avec eux, ne dites pas oui au bout de 3 jours, hein. Et ne dites pas oui au bout de 3 semaines. Dites oui au bout de 3 mois. Et s’il ne veut pas attendre 3 mois, tant pis pour lui ». On a tous été super choqués, mais ravis qu’on nous parle comme des grand(e)s. Nos parents aussi ont été très choqués, quand on le leur a raconté. Ils trouvaient que la prof sortait de son rôle de neutralité. N’empêche : personne d’autre ne nous l’a jamais dit. Pas même nos parents. Et, quand j’ai eu 16 ans et un copain qui voulait plus de câlins, j’y ai repensé. Quand j’ai eu 18 ans, 20 ans, 25 ans, aussi. Je pense sincèrement avoir fait de bons choix (pour moi, pour mon corps) tout simplement parce que, 10 ou 15 ans avant, une prof avait eu l’honnêteté et le courage de nous dire tout haut ce qu’elle pensait. Alors oui, heureusement que les profs prennent position ! On en a besoin ! Les jeunes ont besoin d’entendre autre chose que ce que leur disent leurs parents (et que souvent, du coup, ils rejettent !).
    Bref : je pense que tu as entièrement raison. Et que tes élèves s’en souviendront !

  21. […] faire avancer notre époque ? Et quid de l’école ? Est-ce qu’un enseignement engagé (Madame Sourire en parle dans cet article) fait de moi une féministe […]

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