Les cinq livres féministes essentiels (et tous les autres… )

J’ai eu la chance de pouvoir travailler pendant deux ans sur un sujet passionnant. En Master d’histoire, tout en préparant mon concours, je me suis retrouvée plongée dans l’histoire des mouvements féministes des années 1960. Je me suis intéressée en particulier aux mouvements uniquement de femmes et à un courant qu’on nomme le « lesbianisme politique ».

Lors de conversations sur le féminisme avec des individus qui ont souvent les mêmes opinions que moi, j’entends : « Oui mais tu sais, moi, je n’y connais rien, je ne saurais pas par quoi commencer… ». Je réponds souvent que ce n’est pas une question de savoir et que tout le monde souhaite l’égalité des sexes. Bon, sauf les députés qui ont décidé que les tampons n’étaient pas de premières nécessité. Alors que le Coca si. Bah voyons.

Je vous ai donc fait une petite liste de livres à avoir lu/consulté au moins une fois dans sa vie. Ce sont des livres que j’estime être féministe dans leur démarche intellectuel ou/et dans l’histoire qu’ils racontent. Je vous ai mis quelques romans aussi.

  • Simone de Beauvoir, Le Deuxième Sexe, 1949

Simone n’a rien inventé et tout inventé à la fois. Ce livre est ce qu’on attend d’un livre féministe : une explication claire des rôles des femmes dans la société et surtout des attentes de la société par rapport à ce rôle. Je conseille toujours de commencer par le tome 2 (oui, il y a deux tomes…), parce que c’est la partie où Beauvoir reprend ses expériences personnelles de l’enfance à l’âge adulte et que forcément c’est plus accessible. Le tome 1 est basé sur un analyse existentialiste avec une reprise aussi de données biologiques (la force, les règles…).  Cela reste un texte de référence aujourd’hui car son analyse est toujours aussi pertinente et elle a ouvert la voie à de nombreux travaux féministes.

  • Mona Chollet, Beauté Fatale, 2012

Mona Chollet est journaliste, mais elle a une réflexion tout à fait intéressante sur le féminisme actuelle. Très critique envers les Femen (tu sais, les jeunes femmes, qui montrent leurs seins en manifestant. Bah oui, c’est ce que tout le monde retient.), elle apporte toutefois une analyse très acide sur la féminité et surtout sur l’injonction de féminité. Tu peux trouver ce livre => ici . Et sinon tu peux l’acheter chez ton libraire indépendant. C’est bien aussi. Petite critique tout de même : ayant une formation de journaliste, elle cite beaucoup beaucoup ses sources, parfois trop et on peut avoir l’impression de voir une compilation de données, plutôt qu’une analyse réelle. Mais c’est tout de même extrêmement intéressant.

Bonus : elle vient de sortir Chez soi, une odyssée de l’espace domestique, que j’ai dévoré en trois jours. C’est un livre brillant sur l’injonction à être toujours en mouvement et sur la place de l’Internet dans notre façon de concevoir ce mouvement. Il y a aussi une très belle analyse féministe sur les femmes au foyer.

  • Christine Delphy, L’Ennemi principal, 1977 (en anglais : the Main Ennemy)

On rentre ici dans une analyse brute, mêlant capitalisme et féminisme. Christine Delphy est l’une des fondatrices du Mouvement de Libération de la Femme (MLF) en 1970, puis du mouvement Les Gouines Rouges avec Monique Wittig. Elle compile ses différents articles écrits entre 1968 et 1976. C’est un peu hardi et je conseillerai cette lecture à quelqu’un ayant l’habitude de manier le vocabulaire marxiste des années 1970.

  • Michelle Perrot, Les femmes ou le silence de l’histoire, 1998.

Michelle Perrot est une historienne incroyable. Spécialisée dans l’époque contemporaine (19ème-20ème siècle), elle lance en 1973 avec une historienne remarquable Pauline Schmitt-Pantel, un séminaire intitulé « Les femmes ont-elles une histoire ? ». Ce sont des pionnières dans l’histoire de l’Histoire. (J’ai eu la chance de suivre le séminaire de Schmitt Pantel sur la Grèce antique et sur la place des femmes, l’année où elle est partie en retraite et c’était absolument divin !). Ce livre de Perrot permet de reprendre les travaux sur les femmes et comment parfois il est difficile de faire l’histoire des femmes sans « trace », c’est-à-dire sans archive. C’est brillant.

  • Eve Ensler, Les monologues du vagin, 1996

Témoignage de plus de 200 femmes sur le rapport à leur sexualité, cette pièce de théâtre a été traduit partout dans le monde et si vous avez la possibilité d’aller la voir, courez-y ! A lire, elle est aussi facile et permet d’avoir du recul sur le texte.

 

Je pourrais aussi te conseiller :

  • Pierre Bourdieu, la domination masculine, 1998. Pour ceux qui aiment les analyses sociologiques
  • Gisèle Halimi, Le procès de Bobigny, 2006. (une réédition) pour revenir sur le droit à l’avortement et toute l’histoire des années 1970.
  • Patrick Jean, La domination masculine, le film qui est tout à fait incroyable (et disponible sur Youtube : ici) et qui explique parfaitement l’avance du Canada sur ces questions.
  • Virginia Woolf, Une chambre à soi, 1929. Un classique, mais cela ne fait pas de mal : cette auteure revient sur les problèmes de son temps et notamment sur le besoin d’indépendance de la femme à travers l’écriture.

Et avec cela, normalement, tu devrais avoir une bonne petite culture !

Qu’en penses tu ? Tu as des lectures à me conseiller ?

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2 Commentaires

  1. Je serai fin août un mois à Québec garder mes petites filles quelques jours, ensuite je prends la route vers les iles Madeleine Comme lecture dans mes bagages, Amélie Nothomb, »acide sulfurique », Tatiana de Rosnay « elle s’appelait Sarah » Eric E.Smith  » Le poison d’amour », Jean d’Ormesson « malgré tout que cette vie fut belle » je fini le livre de Michèle Fitoussi « Héléna Rubinstein. Pas de lecture féministe sauf la vie d’Héléna Rubinstein qui elle était une féministe avant l’heure…Bizarrement je n’aime pas le mot féministe, Bonnes vacances Madame Sourire., le Canada est un très beau pays et ces sont habitants très accueillants.

  2. Merci pour ces recommandations.
    Je suis moi même en train de lire Andrea Dworkin. J’ai lu Right wing women et hating woman. Ça décoiffe.
    Bon été et bonnes vacances.

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