La délicatesse des moments qui passent

Prise entre deux feux ou deux eaux, je regarde par dessus mon épaule le temps qui passe.

Je ne sais plus vraiment l’enchaînement de ces deux derniers mois. Je sais juste que d’un coup, notre fils va avoir six mois.

Nous avons passé des moments délicats difficiles. L’enfant ne dormait plus. L’enfant semblait inconfortable. L’enfant faisait un reflux interne invisible. Mais il avait mal toute la nuit et nous ne savions pas.

L’enfant a un peu repris une vie normale et nous aussi. Même si les nuits sont toujours hachées, même si elles se terminent toujours par les mêmes questions « et il était quelle heure ? Tu crois que je dormais ? Ah bon ? J’y suis allé ?« , ce qui nous fait sourire vers midi, en repensant à la tendresse qui se dégage. Cette tendresse qui reste quoiqu’il arrive entre Grumpf et moi.

Si je regarde derrière mon épaule le temps qui passe, je vois des nuits hachées, des nuits horribles, des nuits compliquées, mais je vois surtout un couple qui apprend à être parents et qui aiment bien cela. Je vois mon mari, cet homme que je connais maintenant depuis huit ans qui rigole aux éclats avec son fils, notre fils. Je nous vois en train de faire la famille singe, avec notre petit qui se bidonne comme jamais. Je le vois attraper ses pieds et je nous revois émerveillés par tant de souplesse.

Si je regarde derrière mon épaule le temps qui passe, je me vois reprendre le travail avec beaucoup de difficultés. J’en ai souffert, j’ai détesté cela. J’ai détesté tout faire, mais je l’ai fait. Le rythme de croisière est revenu. J’ai retrouvé ma place, que je n’avais pas vraiment perdue. Je me sens plus à l’aise même si je suis toujours dépassée par deux de mes classes, qui ne semblent pas encore avoir compris le silence ou la délicatesse.

Si je regarde derrière mon épaule le temps qui passe, je vois bien que j’ai du mal à quitter ma ville, à changer de rythme, à sortir. Je me souviens de la première soirée loin de cette famille que je construis. C’était grisant, presque enivrant.

Je commence à sortir de mon cocon. J’ai des envies de grosses fêtes, j’ai des envies de ne plus être responsable. J’ai des envies de laisser l’enfant quelques heures, de danser sur un bar, de mettre mes talons et de crier toute la nuit. Je commence à retrouver mon envie de faire la fête. J’ai envie d’insouciance. J’ai envie d’oublier. J’ai envie de le faire avec Grumpf, je sens que mon couple en a besoin. Je sens qu’on a besoin de sortir, de laisser ce costume de parents quelques heures de côté. J’espère qu’on va y arriver rapidement. On n’a pas de famille à côté, on n’a personne d’autres que nous-même. On ne peut pas le laisser pour la nuit, pour aller s’enivrer dans les bars parisiens avec notre petite bande.

Si je regarde derrière mon épaule le temps qui passe, cet envie n’était pas encore là il y a quinze jours. Je m’étais complètement oublié dans toutes mes obligations, dans toutes mes contraintes. Tirer mon lait au travail, être à l’heure, corriger des copies, remplir des bulletins. J’en pleure parfois sous la douche de tout porter. De porter les contraintes de mon métier et les contraintes d’avoir un enfant. C’est souvent dur.

On s’était dit que je ne serais pas ce genre de femme qui essaierait de tout faire à la fois. Je suis obligée de constater que je n’arrive pas à lâcher prise. J’ai besoin de contrôler, j’ai besoin de savoir où je vais. J’ai besoin de délicatesse par rapport à mon quotidien. J’ai besoin de sentir l’insouciance pour oublier que c’est trop contraignant. Je suis à l’heure actuelle encore en train de courir après ce temps. Prise entre deux tirages de lait, le besoin de se nourrir et l’obligation d’arriver à l’heure au travail.

Et puis je lâche. Je mets à fond Pink ou Eddy De Pretto, je chante comme une ado en culotte.

On attendra l’heure limite, on va courir encore un peu plus vite, mais le temps doit se ralentir pour me permettre de respirer, de prendre du recul.

La délicatesse de ces moments précieux de la petite enfance, mangée par mon envie de bouffer le monde. Encore et encore.

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5 Replies to “La délicatesse des moments qui passent”

  1. Pas toujours facile de concilier vie personnelle et vie professionnelle quand on a un bébé… je pense que je ne me suis pas trop mal débrouillée ! 4 heures de transports par jour minimum, les enfants levés très tôt, déposés chez les grand-parents (pas de nounou, c’était un confort avec de tels horaires…) et aujourd’hui, ils ont 23 et 18 ans et ne semblent pas avoir souffert de ce rythme.
    Alors, courage, vous verrez avec le temps, on s’organise de mieux en mieux.

  2. Vous écrivez si bien!

  3. Deja avoir l’envie qui revient c’est un sacré pas!! C’est pas toujours évident de lâcher du lest, et surtout savoir lequel lâcher… Même si tu ralentis un peu tu peux l’avaler tout rond ce dôle de monde!!!

  4. Ce n’est pas évident de tout gérer de front… surtout avec un métier aussi exigeant que le tien ! Je te souhaite de profiter au mieux de ces instants si fugaces, et de retrouver un peu du reste.

  5. Comme la dernière fois, à ton dernier article : merci de refléter un peu ce que je vis (me prends dans la gueule). Franchement ça aide de savoir que « c’est normal ». Merci tant

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